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Ennuyant et lent
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le 26 août 2025
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A la vision de ce film, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un doute sur tout ce qui m'était montré. Pourtant on sent tout le soin que le réalisateur a mis pour nous faire croire à la trajectoire de cette femme. Rien à reprocher à la lumière du film avec le grain de circonstance qui veut nous dire que tout cela est authentique, brut. Rien non plus niveau mise en scène qui est classique, sans esbroufe. Niveau interprétation Vanessa Kirby est juste, sans outrance ou performance et les autres rôles sont au diapason. Mais pourquoi cela ne prend-il pas, ou ne prend-il plus?
Justement parce que cette démonstration ne déroge peut-être pas assez aux règles d'un certain savoir-faire estampillé "réel" et jamais ne remet en question cette caution du véridique. Tout est très bien huilé afin de rendre cet effet, mais justement dans ce long-métrage ce n'est qu'un "effet du réel", au même titre que l'on pourrait parler d'effets spéciaux qui font vrais.Tout sent la mise en place et le jalonnement métronomique des péripéties. A chaque lieu est dédié un personnage que rencontre notre héroïne et qui n'a comme fonction que de nous en apprendre sur elle et sur son environnement. Il découle de ce choix que les personnages répondent à des stéréotypes sans pouvoir s'en affranchir, car ils n'en ont ni le temps ni la fonction. Ils ne sont que les saillies du scénario et de ses conventions. Malheureusement cela nous donne l'impression que tout est balisé dans cette histoire, que bien sûr son amie ne l'aidera pas, que le serveur la trahira, qu'il y a un homme qui est à l'origine de ses traumatismes, que le riche asservit la femme désoeuvrée et la chosifie et que le petit frère est pur. Je n'ai rien contre ce programme en soi mais j'ai du mal avec son application formelle dans ce film.
Alors pourquoi, selon moi, cela ne prend-il pas? Le réel est une chose difficile à rendre en cinéma justement parce qu'il n'est jamais acquis. Tout est dispositif au cinéma, et la formulation du réel n'échappe pas à cette règle. Les cinéastes qui ont su questionner ces dispositifs, les faire plier parfois, les réinventer, sont aussi ceux que l'on porte en référence. En France on pense auparavant à Jean Renoir, Julien Duvivier, Claude Autant-Lara, puis Maurice Pialat et Robert Bresson et maintenant les frères Dardenne et Abdellatif Kechiche. Aux Etats-Unis, on trouve anciennement John Ford (pour Les raisins de la colère) Elia Kazan, Monte Hellman, Sydney Lumet, John Cassavetes, William Firedkin et maintenant Gus Van Sant, Chloé Zaho et j'en passe. Tous ces réalisateurs ont en commun de n'avoir pas simplement déroulé un dispositif bien huilé qui serait caution du réel, mais d'avoir profondément interrogé ces conventions. Que ce soit au niveau de l'écriture, du jeu d'acteur, de la mise en scène, de la lumière, de la prise de son, ils n'ont pas appliqué des dispositifs, ils les ont cherchés. Je crois que cela vient du sentiment profond qu'ils ont tous eu que pour rendre le réel il faut perpétuellement le renouveler car une fois qu'une convention est établie elle est de moins en moins porteuse de réel. A contrario de la pensée qui oppose réel et imaginaire, il a fallu à ces cinéastes un imaginaire puissant afin d'inventer ces dispositifs. Dans Night always comes, la forme, la dramaturgie et l'interprétation sont tellement attendues que l'on ne voit aucun imaginaire singulier nourrissant une nouvelle expression du réel. On nous sert juste un programme thématique et esthétique.
Il y a des passages troublants dans ce film qui signifient très bien que le réel est l'ennemi des conventions et c'est lorsque le personnage principal est avec son petit frère. Zack Gottsagen est un acteur américain atteint du syndrome de Down (trisomie 21). Cette singularité apporte à son jeu d'acteur quelque chose de "non joué" qui tranche avec le reste de l'interprétation du film. Ce qui est étonnant c'est que j'ai perçu que ce ton "non joué" sonnant de manière particulièrement réaliste, faisait que le jeu sophistiqué de l'actrice avait l'air de sonner faux. Dans cet univers de conventions le petit frère est donc comme une saillie du réel mais que le film ne prend pas en compte. Alors bien sûr, on me dira que cette différence de jeu vient de la nature du personnage et que les personnes atteintes de ce type de syndrome ont une expression particulière dans la réalité. Il n'en reste pas moins qu'au contact des autres acteurs son interprétation sans posture fait apparaître celles des autres, cela fait apparaître leur jeu. C'est un peu similaire à la critique que Godard avait eu concernant Jane Fonda visitant le Nord Vietnam pendant la guerre. Il avait stigmatisé à juste titre la posture affectée par le jeu d'acteur de Jane Fonda face aux Vietnamiens qui eux ne jouaient pas. Les Vietnamiens étaient le réel et Fonda était le dispositif sans remise en question. Zack Gottsagen est donc ce réel qui ne s'harmonisant pas avec le reste du film en révèle la posture superficielle.
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le 16 août 2025
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