Film vu dans le cadre du festival des hallucinations collectives 2026.

Film de la sélection "Rotten Apple Fresh Blood"


Dès lors qu'on intègre dans sa pensée critique que le vampire symbolise, bien avant tout autre aspect, l'acte de la pénétration sexuelle qui somatise chez la victime l'emprise pareille à la possession, on est amené à poser sur les films impliquant cette figure fantastique, une grille de lecture ne pouvant s'abstenir de l'érotisme.


Pourtant l'impensé que sous tend le vocable "érotisme" dans notre imaginaire, circonscrit ce terme à une définition axée autour de la sensualité, du désir charnel, de l'acte sexuel délié de sa fonction de reproduction. Or l'érotisme nous disait les grecs anciens englobe d'autres caractéristiques plus sombres, plus destructives notamment des individualités, ainsi qu'une porosité féconde avec la mort. Eros et Thanatos.


Ainsi les grecs anciens avaient ils tissé dans leur cosmogonie le lien indéfectible qui unit l'érotisme à la mort. Ainsi avaient ils perçu l'écho de la pulsion animale à l'œuvre aussi bien dans l'acte sexuel, que dans la sidération face à la mort.

Le vampire devient alors la forme la plus ultime de ce lien philosophique et organique, qui n'a eu de cesse de s'exprimer. L'extase qu'on compare au trépas, la création née d'une destruction originelle, la possession des corps, l'enivrement des sens, la puissance des fluides, l'abandon enfin face à l'inéluctable.


Jeffrey Arsenault en situant sa fable vampirique dans le New-York interlope et nocturne, qui aux débuts des années 90 vacillait des premiers émois d'une house hédoniste, tout en s'émouvant des derniers soubresauts d'une new-wave romantique de sa noirceur spectrale, ne fait que perpétrer ce lien.

La nuit devenant ici à la fois l'espace et le temps dans lesquelles Eros et Thanatos s'exprimeront, dans lesquelles les pulsions de sexe et de mort du vampire cohabiteront. Jake le vampire post moderne de l'East Village y fera s'exprimer toute sa prédation, toute sa perversité, où ses essences vitales s'empareront des corps brûlants de désirs puis glacés d'effroi avant que la mort ne vienne.


En dépit d'un noir et blanc aux contrastes saisissants, malgré une image très granuleuse qui participe également de ce jeu de mirage entre vie et mort, il y a de façon purement sensorielle une étrange, car factuellement fausse, présence du rouge à l'image.

Quelques mots d'explications car j'avoue que là c'est un peu tiré par les cheveux; si il y a bien une couleur qui dans l'inconscient collectif est aussi bien associée aux notions de vie, de mort, d'érotisme, de violence, de destruction, de renouveau, c'est le rouge. Or il y a divers endroits du film, qu'il s'agisse de motifs, de symboles plus ou moins cachés, d'attendus à la lumière des thèmes traités où l'on ressent ce rouge, qui pourtant n'apparait pas à nos yeux aux vues du choix esthétique du noir et blanc.

Je ne parle pas d'une évidente gymnastique du cerveau qui compenserait l'absence de couleurs, mais plutôt d'une sensation extracorporelle qui m'a à plusieurs reprises fait ressentir ce rouge. Rouge qui symbolise l'ensemble de ce lien qui construit ma pensée critique de ce film depuis le début.


Malheureusement les aléas de la production artistique, l'impitoyable rouleau compresseur de l'industrie du divertissement ont eu raison de la suite de la carrière comme réalisateur de Jeffrey Arsenault qui signait pourtant ici un premier long métrage prometteur. Un indiscutable sens du cadre et de la mise en scène, un vrai regard sur la photo et comment travailler les contraintes budgétaires, peut-être une faiblesse dans l'écriture et le développement des protagonistes mais qui est largement compensée par la générosité d'une errance "érotico-vampirique", trash, poisseuse, suintante de fluides corporelles aussi chauds que la pluie incessante ou la grisaille bétonnée sont glaciales. Une divagation noctambule sous les crocs vecteurs aussi bien de plaisir que de terreur, illustrée musicalement, et là c'est la satisfaction d'un enfant de la house qui parle, par l'icone de la scène garage newyorkaise l'incroyable "Screamin' Rachel" à qui je pardonne ses incessants regards caméras tellement appuyés qu'ils en étaient embarrassants.

Créée

le 23 avr. 2026

Critique lue 32 fois

Critique lue 32 fois

Du même critique

Au boulot !

Au boulot !

6

Spectateur-Lambda

744 critiques

Vu en avant première

On va tout de suite évacuer un truc, je suis une indécrottable gauchiasse et plus je vois l'état de notre société, plus j'affirme ma position politique et plus je trouve la droite dangereuse et...

le 5 nov. 2024

As Bestas

As Bestas

8

Spectateur-Lambda

744 critiques

Critique de As Bestas par Spectateur-Lambda

Rodrigo SOROGOYEN m'avait déjà fortement impressionné avec ses deux premiers longs métrages Que Dios nos perdone (2016) et El Reino (2017) et les échos que j'ai eu du précédent sorti avant celui-ci...

le 2 mai 2023

Valeur sentimentale

Valeur sentimentale

5

Spectateur-Lambda

744 critiques

Critique de Valeur sentimentale par Spectateur-Lambda

Vu en avant première au cinéma Lumière Terreau dans le cadre de la sélection de films présentés au festival de Cannes 2025. Sortie salle en France août 2025.Parmi la sélection cannoise choisie par...

le 13 juil. 2025