Ce qui frappe d’emblée dans Nightborn, c'est son refus des concessions pour dépeindre la brutalité du post-partum. Le film saisit avec une précision chirurgicale ce moment de bascule, ce deuil identitaire où le passage de femme à mère ne s’opère pas dans la douceur, mais dans la douleur physique, l'isolement et la dépersonnalisation. De la dégradation du corps aux saignements, en passant par l'hypervigilance et l'impression tabou mais terrifiante que son propre enfant est une créature étrangère, la métaphore de la dépression post-partum est d'une puissance visuelle rare. Cependant, le long-métrage navigue sur une ligne crête audacieuse : en mêlant si intimement la psychose maternelle au folklore finno-scandinave — du mythe du Changeling (Vaihdokas) à la symbolique du fer froid et du Väki —, il prend le risque de laisser sur le bord de la route les spectateurs peu familiers de ces légendes. Sans ces clés de lecture mythologiques pour décoder la métamorphose sauvage de Saga et la nature réelle du récit, les intentions du film peuvent sembler floues, voire hermétiques, transformant ce qui est un fascinant conte gothique et païen en une expérience parfois déroutante.