Obsession
7.2
Obsession

Film de Curry Barker (2026)

Obsession : Quand le mythe de l'automate rencontre l'horreur psychologique.

Le cinéma d'horreur a opéré une mutation fascinante : le croque-mitaine ne porte plus de masque sanglant, il a pris les traits rassurants du "Nice Guy". Dès la scène d'ouverture, le ton est donné. Pour quiconque partage son foyer avec de petits compagnons à quatre pattes, voir Bert balayer la mort de son propre chat d'un simple revers de main pour courir répondre aux sollicitations de Nickkie provoque un malaise immédiat. Le diagnostic est posé : cet homme n'aime personne d'autre que lui-même, et son dévouement n'est qu'un narcissisme glaçant. Sous ses airs de film fantastique, Obsession se révèle être une dissection clinique et brillante du contrôle coercitif.

Bert est l'archétype du prédateur intime. Frustré de n'être considéré que comme un frère par celle qu'il convoite, il utilise un artefact magique pour forcer ses sentiments. Le film réactive ici le pacte faustien dans ce qu'il a de plus sordide : Bert sacrifie sa boussole morale pour s'offrir un raccourci vers la domination. Le véritable effroi du film réside dans sa zone grise. Il ne force pas physiquement Nickkie, il "cède" à ses avances, sachant pertinemment que le consentement de la jeune femme est anesthésié par le sortilège. C'est la métaphore parfaite de la soumission chimique et psychologique.

Ce qui frappe le plus, c'est la représentation visuelle de l'emprise. Le réalisateur traduit la dissociation traumatique par un terrifiant syndrome de la poupée. Nickkie devient une coquille vide, le regard mort pendant l'acte charnel, subissant de violents "switchs" où sa conscience originelle tente de refaire surface (lors de ce bref et terrible chuchotement : « tue-moi »). On retrouve ici l'inquiétante étrangeté de l'automate d'Hoffmann ou une version pervertie du mythe de Pygmalion : au lieu de donner vie à une statue par la pureté de son amour, Bert transforme une femme vivante en objet inerte pour flatter son propre ego.

Toutefois, le sommet du récit reste cette brillante mise en abyme lors d'une soirée entre amis. La vraie Nickkie, littéralement emmurée vivante dans son propre esprit, utilise son roman pour hurler à l'aide. En détournant le conte d'Hansel et Gretel pour en faire un récit de viol incestueux, elle dénonce l'intrusion de ce "frère" de cœur dans son intimité. C'est l'équivalent moderne de la tragédie antique : privée de sa voix et de son libre arbitre, tout comme Philomèle à qui l'on a coupé la langue dans Les Métamorphoses d'Ovide, Nickkie tisse sa propre toile de résistance à travers la fiction.

Pour conclure, Obsession s'inscrit dans la droite lignée d'un Get Out, prouvant que l'horreur contemporaine a définitivement muté. La menace ne cherche plus à détruire le corps de l'extérieur, elle vole la conscience de l'intérieur en s'immisçant dans notre cercle de confiance intime. Une claque allégorique qui résonne longtemps après le générique.


celinecdt
8
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le 17 juil. 2026

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