Bon, les gars, je pose ça là, et si ça vous plaît pas, c'est le même tarif. Je viens de débarquer sur SensCritique et je vois quoi ? Une note moyenne qui frôle le tiède pour Nirvana de Salvatores. Vous êtes sérieux, là ? Vous étiez où en 1997 ? Sûrement en train de bader sur Le Cinquième Élément ou de vous palucher sur les premiers effets numériques dégueulasses d'Hollywood.
Alors ouais, je sais ce qu'on dit. "C'est fauché" et Christopher Lambert est déjà en sévère perte de vitesse... Mais grattez un peu le vernis techno-cheap, merde !
Ce film, c'est pas juste un petit métrage italo-français qui a chopé un coup de vieux ; c'est un putain de miracle de l'époque. Salvatores, le mec sort d'Antisocial et d'Occidente, et il te pond un trip cyberpunk pur jus, ultra-fidèle à l'esprit de William Gibson et de Philip K. Dick, alors que Matrix n'était même pas encore une lueur dans les yeux des Wachowski.
Pourquoi vous passez complètement à côté :
Le pitch est d'une mélancolie folle : Un concepteur de jeux vidéo (Lambert, entre monolithique, paumé et naïf, mais ça colle parfaitement au personnage de junkie du virtuel) s'aperçoit que le héros de son jeu a pris conscience de sa propre existence et le supplie de l'effacer pour ne pas revivre en boucle le même enfer. C'est pas une simple quête de hacker, c'est une crise existentielle sous néons...
L'ambiance visuelle : La "Bombay City" reconstituée dans les anciens usines Alfa Romeo à Milan, ça a une gueule folle. C'est poisseux, c'est cosmopolite, c'est l'avenir qu'on nous promettait avant que tout devienne lisse et shiny comme un iPhone.
La BO : Entre rock psychanalytique et ambiances ethniques-électro, la musique te chope aux tripes et lâche pas le morceau.
Alors ouais, les incrustations sur fond vert piquent les yeux aujourd'hui, et le rythme a des ratés. Mais au moins, il y avait une âme, une vraie proposition de cinéma de genre européen qui tentait le tout pour le tout, sans chialer misère. Salvatores a insufflé une poésie désenchantée là où d'autres n'auraient fait qu'un bête film d'action... Il parait qu'il a eu l'idée un jour où, faisant une partie de playstaiton avec des potes, et sans doute avec un bon gros pétard, les gars s'étaient demandés ce que faisaient les persos quand on jouait pas.
C'est un film malade, d'accord, mais un film généreux. Et moi, les œuvres imparfaites qui ont des couilles, je préfère ça mille fois aux blockbusters calibrés pour plaire à tout le monde et surtout à n'importe qui.
Ok, ce film a disparu des radars et à moins d'être italophone (là-bas il jouit d'une belle réputation) vous ne trouverez pas de Blu Ray, juste un vieux DVD sans bonus sortie chez nous il y a 25 ans... mais bon, quand on aime...
Allez, gardez le sourire, le monde est virtuel de toute façon. Delete.