Nixon
6.6
Nixon

Film de Oliver Stone (1996)

JFK était un film qui frisait l’excellence mais il avait un sacré avantage : il n’y avait pas Kennedy. Là, le défi est plus compliqué : il s’agit de présenter le mandat d’un président et de l’interpréter aussi bien en public qu’en privé (d’où l’imagination de certaines scènes).


Chef suprême de l’exécutif, Nixon est impuissant. Quelques années après JFK, ce film renouvelle une critique du ‘système’ avec une Amérique en proie à la toute-puissance des lobbys, de l’establishment (il compare même l’appareil gouvernemental à une beast, une « bête sauvage »), de l’opinion publique, de la presse et de l’argent.


Là où on aurait pu penser que Stone, engagé à gauche, profite des 3h du film pour incendier Nixon, il opte pour une approche différente. Certes, il le tient responsable pour les maux des années 1970. Mais, il le fait non sans compassion pour un homme qui semblait avoir des convictions, un idéal politique – il rêve d’unir le pays après le Vietnam à la manière d’un Lincoln après la Guerre de Sécession– mais qui était dépassé par les évènements et par l’establishment. Les discussions entre Nixon et ses conseillers, notamment Kissinger, présentent un homme qui ne sait pas dire non et qui est facilement manipulable.


Un jour, Harry Truman a dit « Si Nixon veut s’en tenir à la vérité, il aurait très peu de choses à dire ». Si Stone est compatissant envers Nixon, c’est que le réalisateur est souvent critiqué de la sorte : on l’accuse de mentir, notamment lors de la sortie de JFK, où la plupart des grands journaux américains ont attaqué le travail de Stone. Tous les deux sont, à leur manières, des ennemis publics numéros 1, et, c’est en quoi ce film est très personnel.


Stone suggère que l’éducation de Nixon a eu un effet dévastateur sur sa psychologie. Premièrement, ses parents ont idéalisé l’avenir de leur fils, après la mort de ses frères (1), de sorte qu’on a l’impression qu’il s’acharne, grimpe les échelons non pour lui-même mais pour vivre au service de ses parents, par procuration, sans savoir s’il en a le courage et l’envie. Deuxièmement, sa mère qu’il appelle « sainte » obsède son esprit. Au moment de publier certaines bandes, il s’enrage quand il essaie de maquiller les injures qu’il a prononcé en se rendant compte qu’elles couvrent toutes les pages des transcipts. Ce que sa mère pourrait alors penser torture son esprit : c’est une « sainte », elle ne peut penser, et par extension, le monde ne peut pas penser qu’il a été mal éduqué.


Moins rythmé et moins polémique que JFK, Nixon reste intéressant par la posture que prend Stone, avec son étonnante sympathie pour le personnage de Nixon tout en critiquant son œuvre politique. Comme JFK, ce film n’est certainement pas objectif (Stone le dédie même à son père qui par ses convictions ressemblaient à Nixon), et ce qui importe et non pas l’exactitude historique (pour cela, mieux vaut lire son biographe, qui sera foncièrement subjectif) mais le point de vue intéressant que le réalisateur développe face à ce personnage historique.
Une œuvre intéressante.


(1) Comme dans Walk The Line (biopic de Johnny Cash), toute la vie d’un homme est structuré à partir d'un événement traumatique.

OG_LOC
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste 2k15

Créée

le 30 juin 2015

Critique lue 943 fois

OG_LOC

Écrit par

Critique lue 943 fois

2

D'autres avis sur Nixon

Nixon

Nixon

7

marchiavel

363 critiques

Richard le Barbant: "Quand les Américains me regardent, ils se voient tels qu'ils sont"

Présenté à sa sortie (deux ans après la mort de Richard Nixon) comme un film sulfureux sur le plus sulfureux des présidents américains, que reste-il de ce BioPic fleuve de plus de 3 heures? Autant...

le 2 oct. 2011

Nixon

Nixon

6

Boubakar

6753 critiques

Grandeur et décadence d'un président.

Après un formidable JFK, Oliver Stone s'attaquait cette fois-ci à la vie, personnelle et politique, du 37eme président américain. Et, dans cette énorme biopic de plus de 3 heures, le réalisateur nous...

le 9 juil. 2017

Nixon

Nixon

8

Lotfreb

30 critiques

Critique de Nixon par J'aime les Riches

Oliver Stone présente un excellent biopic politique américain reconstituant la carrière de Richard Nixon. Avec une mise en scène de talent le réalisateur parvient à transmettre au président le moins...

le 20 avr. 2020

Du même critique

The Homesman

The Homesman

3

OG_LOC

68 critiques

Les galériens.

Oui, ce film galère, patauge. Le script est assez rebutant il faut l'admettre: 3 malades mentales de l'Arkansas doivent être accompagnées à l'est des USA pour retrouver une vie paisible. Elles y sont...

le 25 mai 2014

Scarface

Scarface

8

OG_LOC

68 critiques

Prototype du thug contemporain

Tony Montana est un mythe. Une légende urbaine empreinte d’ambition, de cupidité et de gloire. Un mythe qui assure sa pérennité en étant le prototype de la racaille contemporaine, désireuse de...

le 1 févr. 2014

Gerontophilia

Gerontophilia

5

OG_LOC

68 critiques

Libertinâge

Bruce LaBruce se plait à détruire les codes de la société traditionnelle. Le terme « revolution » devenant le mot d’ordre de la copine de Lake, qui, à l’image du spectateur, observera sans broncher...

le 2 avr. 2014