J'ai vu No Home Movie au cinéma, dans le quartier latin, un matin où le soleil rayonnait de pleins feux et que l'air était doux. J'étais vraiment très enthousiaste à l'idée d'aller voir sur grand écran le tout dernier film d'une réalisatrice qui me tient à cœur et qui, malheureusement, est disparue quelques mois plus tôt.
Le film commence avec un arbre balayé par le vent, un arbre à la fois fort de par sa résistance mais aussi fragile car il semble pouvoir lâcher à tout instant. Cet arbre brutalisé est balayé pendant de longues minutes au milieu de la vacuité du désert. Ces minutes s'écoulant, je restais tout de même perplexe vis-à-vis de cette introduction.
Le dernier film de Chantal Akerman est avant tout un film personnel, un film avant tout pour elle et pour sa mère. No Home Movie alterne des scènes de paysages, allant du jardin vide en face de l'appartement de sa mère jusqu'aux vastes déserts vides que la réalisatrice parcourt lors de ses voyages, ainsi que des scènes de discussions avec sa mère. Ces scènes ont été tournée sans réelle intention ce qui rend le film d'autant plus authentique et ce qui rejoint la scène où l'on peut voir la mère de Chantal portant un regard admiratif et fier sur sa fille en lui disant qu'elle n'a jamais cessé de créer.
Sa mère semble prisonnière de son appartement vieillissant. No Home Movie est un film sur la vieillesse, la fatigue, la disparition, le futur deuil. Néanmoins, que Chantal soit chez elle ou de l'autre côté de l'océan, jamais elle ne perd contact avec sa mère, les distances étant abolies avec les nouvelles technologies, et ici avec Skype, qui est utilisé à plusieurs reprises. En effet Chantal semble vouloir garder contact avec sa mère le plus possible, qu'elles soient l'une à côté de l'autre ou bien éloignées. Chantal semble heureuse de lui parler et, pour moi, ce film est avant tout un film d'amour d’une fille pour sa mère.
Lors des discussions que Chantal entretient avec sa mère, le film possède une esthétique assez inattendue, la caméra étant posée parfois sur une chaise, sur la table de la cuisine ou bien caméra à l'épaule dans le seul but de filmer son ordinateur, l'importance du moment présent, du moment passé, prédomine sur le reste.
Le film souffre cependant de vraies longueurs et l'ennui n'est malheureusement jamais très loin qui ne peut vraiment être vu si on n'y trouve pas d'intérêt. J'ai trouvé qu'on se lassait de la caméra fixe par moments qui faisait pourtant le charme de News From Home.
Mais à côté de tout cela, une beauté frappante revient sans cesse, par exemple cette scène sublime lorsque Chantal sort sur la terrasse en pleine nuit, caméra à l'épaule, et filme les rideaux de l'extérieur où l'on peut deviner l'ombre de sa mère et les lumières de l'intérieur contrastant avec l'obscurité extérieure.
Les dialogues ou plutôt les propos rapportés par les personnages sont souvent sans importance ce qui peut frustrer le spectateur, cependant ils restent toujours vrais et certains passages où ils parlent de la jeunesse de Chantal ou de la vie de la mère restent intéressants voir amusants.
Lors de la séance, plusieurs spectateurs ont quitté la salle et je les ai compris, mais, malgré tout, tu me manqueras Chantal. Vraiment.