Il n’est pas question ici de religion ni de politique, mais de justice injuste, de loi illégale.
Et ceci n’est pas une opinion, ce sont des faits documentés.
Il n’est certainement pas question non plus de résilience, ce terme détestable, car il n’y a pas d’acceptation. Les personnes que l’on côtoie à Masafer Yatta n’acceptent pas de voir leur maison démolie encore et encore, d’être poussées à quitter la terre sur laquelle elles vivent depuis deux siècles, car elles n’ont pas le choix : elles n’ont PAS D’AUTRE TERRE.
Ces villageois, ces familles ne sont pas des terroristes mais des activistes qui s’opposent, qui manifestent, qui protestent, qui tentent de résister. A des militaires haineux et apeurés, des exécuteurs de basses œuvres, des bulldozers, des colons agressifs, des voisins prêts à tuer pour confisquer un générateur, à bétonner un puits pour empêcher l’accès de l’autre à l’eau…
Les protagonistes auxquels on s’attache sont des personnes étonnantes de dignité, de courage, d’obstination, de solidarité, et la liste serait longue. On se retrouve en immersion, sans beaucoup d’autre commentaire que les paroles, lesquelles ne sont jamais inutiles.
Et grâce à la répétition des scènes au fil de quatre années, on ressent très vite l’angoisse et le stress constants de ces familles. Malgré l’amour, le café gingembre et le narguilé et l’indispensable smartphone, parfois tout ce qu’il reste après le passage des bulldozers. Ou la toupie avec laquelle joue Doha, la petite blonde : « Je tourne pour que personne m’attrape ».
Ces faits documentés le sont de l’intérieur, principalement par Basel, un jeune palestinien coincé dans ces territoires occupés, et Yuval, un jeune journaliste juif, qui deviennent amis et philosophent souvent une fois la nuit tombée… se demandant à quoi peut servir ce qu’ils font. Le tournage s’arrête en octobre 2023 – on partage maintenant leur pessimisme.
Mais je veux me souvenir de la comptine que récite la petite sœur de Basel sur le chemin de l’école (qui sera elle aussi pulvérisée) après qu’elle ait convaincu son père d’y conduire les enfants :
On a de l’herbe, elle existe
On a une colline, elle existe
On a un poulailler, il existe
On a une maison, elle existe
On a… une pierre, elle existe