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le 2 mars 2017
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Il y a ce pote que tu côtoies pendant des années, que tu trouves agréable, sympa, dont tu apprécies la compagnie, et dont tu penses un beau jour pouvoir le compter au nombre de tes amis. Ce n'est que...
Tout d'abord je vais faire une petite digression car je me dois de remercier le Katorza d'exister étant donné ce film passait nulle part ailleurs dans ma région vu la déficience de sa distribution. Pour une fois que le cinéma français propose quelque chose de singulier il faut que, fidèle à eux-mêmes quand il s'agit de film français un poil audacieux, les diffuseurs fassent dans leurs frocs et diffusent au minimum ce film. Sans le magazine Mad Movies je serais peut-être complètement passé à côté de ce film. Bon après il est vrai que c'est toujours mieux que ce que peut subir un film français comme Sorgoi Prakov. Véritable perle qui n'a malheureusement pas trouvé le moindre distributeur et s'est retrouvé condamné à ne jamais sortir au cinéma et à tomber dans l'oubli.
En tout cas pour revenir à Nocturama, voilà un film qui fait réfléchir. Un film peut-être pas parfait, mais un film d'une grande richesse. Un film qui a pas mal divisé la critique aussi. Comme tu peux le voir à ma note, je fais parti de ceux qui l'ont beaucoup aimé. Cependant beaucoup ont critiqué cette oeuvre de Bonello parce que soi-disant il n'oserait pas se mouiller. Soi-disant il aborderait son sujet uniquement en surface, au travers de la belle dorure de sa réalisation. Pourtant à mon avis ce film est à la croisée entre Elephant et Paradise Now. C'est un film avec un fond complexe et j'avoue qu'en écrivant actuellement sur ce film, j'ai assez peur de plus le desservir qu'autre chose. Ceci dit je le trouve assez passionnant pour avoir envie de prendre le risque d'écrire dessus.
Pour moi ce qui gêne et perturbe est le fait que le réalisateur nous fasse nous identifier à ces jeunes. Objectivement des terroristes. Mais ici ni vu en tant que monstres ou révolutionnaires, simplement humanisés (sur ce point le film est très similaire à Paradise Now, un film Palestinien passionnant lui aussi, très subversif et bien trop peu connu, bien que le contexte politique soit évidemment très différent dans ce dernier). Nocturama c'est ni plus ni moins qu'une réflexion autour de ces jeunes et de leurs actes. Et au vu du contexte politique dans lequel Bonello plonge son film, à savoir les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre, forcément cela a de quoi faire tiquer voire désarçonner le spectateur, cela rend l'oeuvre subversive et ainsi ce film gagne plus encore que ma totale attention.
Tout d'abord il y a les choix de Bonello sur la mise en scène. Éclater la narration. Faire paraître certaines scènes sous plusieurs angles. Au début ces jeunes sont comme errant dans Paris. La caméra les suit dans leurs errances et les humanise dans des choix de réalisation aussi beau que judicieux. Ne pas savoir ce qu'ils sont en train de faire, l'acte qu'ils vont commettre, avant un certain temps aide à l'humanisation. Le jeu des acteurs plutôt louable aide aussi. D'apparence ce sont des jeunes comme les autres. Difficile de ne pas penser ici à la manière dont les lycéens étaient présentés dans le film Elephant sur la tuerie de Colombine, à la différence près que dans Nocturama le fond est bien plus recherché.
Difficile de ne pas penser également à un film de Larry Clark ou d'Harmony Korine, tant les thèmes abordés sur cette jeunesse en perdition auraient pu sortir d'un de leur film et tant le portrait des adolescents de ce film sonne juste et réussit à toucher (rien que pour ce dernier point le film vaut le coup d'être vu en fait. Les films ayant pour personnages principaux des adolescents ou jeunes adultes qui ne sonnent pas aussi artificiel et faux qu'insupportable sont rare).
Si la première partie du film où on les voit mettre en place leur forfait est assez intéressante, la seconde est très certainement celle qui rend ce long métrage passionnant.
Car une fois qu'ils ont fait ce qu'ils avaient à faire, les jeunes se réfugient dans un centre commercial. Un choix loin d'être innocent de la part du réalisateur, qui va justement explorer les raisons ou plutôt le manque de raisons et les contradictions au sein de celles-ci qui ont poussé ces jeunes à commettre un tel acte.
On ne sait pas réellement pourquoi ils ont fait ce qu'ils ont fait. Mais on sait que les cibles n'étaient pas hasardeuse, on comprend que leur but étaient de s'en prendre au système. Seulement il est amusant de constater que le seul qui a l'air d'avoir les clés des raisons du pourquoi ils ont fait cela, est un fils à papa, ami du ministre de l'intérieur et a auparavant allègrement profité du système qu'il attaque. Bonello cible et réfléchit ainsi sur les contradictions autour de ces jeunes et leur pseudo révolution qui est en fait loin d'en être une. Car les autres jeunes dans ce magasin que font-ils ? Ils laissent libre court à leur désir de gravir l’échelle sociale, comme de bons pantins et esclaves de ce système, celui dont ils voulaient pourtant tant porter atteinte. Ce fait étant des plus visibles via la réaction des jeunes face aux vêtements. Délaissant vite leurs "simples" vêtements au profit de costumes de grande qualité
.
Autrement dit ils démontrent l’hypocrisie de leurs intentions, ou l'inconsistance de leurs revendications.
Ils démontrent aussi leur naïveté meurtrière en quelque sorte. Croyant sauver le monde avec quelques kilos de semtex. Espérant une salvation quasi-religieuse pour ce genre d'acte. Préférant assourdir les conséquences meurtrière de leur acte sous des décibels de Chief Keef.
D'ailleurs pour pousser la réflexion plus loin et faire le lien avec les attentats de Daech, on peut penser, malgré la divergence de leurs revendications, que le profil de ces jeunes doit être assez proche de ceux recrutés et endoctrinés par Daech pour aller commettre des attentats.
Le meilleur exemple de la naïveté des jeunes dans ce film restera cette scène finale, où l'un d'eux dira à l'unité d'élite envoyé pour les descendre après qu'ils soient considérés comme des ennemis publics, "aidez moi", ne comprenant jamais la gravité de son acte. Persuadé encore d'avoir fait plus de bien que de mal ou du moins d'avoir fait un mal pour un bien...
Au final c'est très certainement un des meilleurs films qui a vu le jour cette année. Un des plus passionnant en tout cas. Et si il passe dans ta région, je ne saurais que trop te conseiller de courir le voir. Car un peu de réflexion sur l'actualité orné d'une très belle réalisation, ça ne peut vraiment pas faire de mal.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Mon année 2016 au gré de mes découvertes cinématographiques et Les meilleurs films de 2016
Créée
le 7 sept. 2016
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