Nonnas
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Film de Stephen Chbosky (2025)

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Il est des œuvres qui, dès les premières minutes, donnent à sentir l'odeur douceâtre de l'échec prémédité : un mélange fade de bonne volonté, de mièvrerie trop confiante, et d'un classicisme vidé de sa substance. Ce film, pourtant ourlé de thèmes chers aux cœurs tendres, famille, cuisine, transmission, deuil et renaissance, échoue avec une régularité presque admirable à éveiller le moindre frémissement véritable, comme si l'on avait confondu la chaleur humaine avec le tiède des banquettes de fast-food.

Car enfin, quel théâtre prétendument méditerranéen, quelle Italie de pacotille nous offre t-on là ? Pas une once de verve méridionale, pas un éclat de voix, pas même une gifle jetée dans l'huile d'olive. Tout est compassé, figé, comme passé à la vapeur douce dans un hammam de bons sentiments, aseptisé à la lingette Netflix, nettoyé de toute aspérité pour ne choquer ni la ménagère, ni l'algorithme.

Le protagoniste, pâle figure d'un homme en quête de lui-même, traverse l'intrigue comme une silhouette en carton animée par des intentions convenues. Son chagrin semble commandité par un service marketing, son éveil intérieur se déclenche comme un grille-pain. On ne pleure pas avec lui, on n'éprouve rien, sinon une légère compassion, pour l'acteur lui-même, visiblement pris au piège d'un rôle aussi nourrissant qu'un bol d'eau tiède.

Les dialogues, eux, ont la consistance d'un flan mal pris : hésitants, déstructurés, d'un naturalisme prétentieux qui confond réalisme et inintérêt. Les personnages s'expriment comme s'il étaient des acteurs novices. Et lorsqu'il ne se passe rien, ce qui arrive souvent, le silence qui s'installe ne parle pas, ne raconte pas, il remplit, comme du polystyrène dans une boîte vide.

Et ces nonnas ! Ces femmes du sud, censées porter la mémoire, l'exubérance, la beauté sauvage du geste transmis… on les croirait issues d'un stage de figuration chez IKEA. Elles parlent peu, rient mal, et cuisinent sans éclat. Aucune saveur, aucun débordement, rien qui suinte la tomate, la sueur ou l'histoire. À croire que l'on a tourné ces scènes dans une salle de repos climatisée pour éviter toute émotion inutile.

La mise en scène, enfin, semble avoir été conçue pour ne jamais troubler l'œil, ni l'âme. Plans moyens, lumière douce, transitions sages... Une esthétique de salon d'attente, où tout doit rassurer, où chaque plan s'excuse d'exister. Et l'on s'étonne, après deux heures de ce traitement homéopathique de l'art, de ne pas se souvenir d'une seule image.

Ce n'est donc pas un film, mais une simulation de film. Un objet générique aux intentions nobles mais creuses, comme une lettre d'amour écrite au correcteur orthographique, ou un sermon rédigé par un chatbot bienveillant. Tout y est : la peine, la cuisine, la tendresse... mais dans une version filtrée, lissée, standardisée pour ne heurter personne.

On ressort de ce spectacle comme d'un repas chez un oncle bien-pensant : le ventre plein, certes, mais de vide, et l'esprit doucement consterné par tant de moyens employés à ne rien dire. Et l'on se prend à rêver, avec une pointe de cruauté, que l'un des personnages eût au moins crié, pleuré, renversé une casserole. Quelque chose. N'importe quoi, qui aurait pu le rendre vivant.

Genifair
4
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le 5 juil. 2025

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Genifair

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