Nommé temporairement après le décès du précédent shérif, Ulysses prend ses fonctions à la tête des forces de l'ordre de Normal, une petite ville du Minnesota où la criminalité se résume à des disputes anodines entre voisins. Mais un événement inattendu va faire voler en éclats cette tranquillité apparente...
Et si Ben Wheatley avait enfin trouvé son registre de prédilection ? Dans une filmographie éclectique où le cinéaste paraît s'épanouir dans la variété de récits que peut lui offrir le cinéma de genre (des pérégrinations meurtrières de "Kill List" au fantastique écologique avec "In The Earth" en passant par l'horreur dystopique de "High-Rise" ou même... les gros requins de "En Eaux Très Troubles", oui, ça aussi, c'est de lui), on avait adoré le trop méconnu "Free Fire", un huis-clos de gangsters armés jusqu'aux dents se retrouvant le temps d'une funeste nuit enfermés dans un hangar. Entre humour noir et thriller violent, Wheatley avait signé en effet un de ses meilleurs films avant de repartir s'essayer à d'autres sous-genres pour des résultats plus ou moins concluants.
Heureusement, le revoilà aujourd'hui avec "Normal", un long-métrage de la même trempe, au pitch fort amusant de petite ville gangrenée jusqu'à la moelle par la corruption qu'un Bob Odenkirk, incarnation physique de la normalité humaine (mais ici sans compétences de combattant surdoué à la "Nobody"), va révéler au grand jour et en éliminer les acteurs avec un vrai panache sanglant.
Emballé en à peine 1h30 pour ne pas laisser la place au moindre temps mort (comme "Free Fire" d'ailleurs) , "Normal" nous installe en effet dans le quotidien de ce nouveau shérif ayant semble-t-il trouvé sa place au sein de la routine de cette ville (et qui y noie son mal-être traumatique)... et fait ensuite littéralement exploser cette façade arborée par ses habitants en dévoilant leurs vrais visages prêts à tout pour maintenir leur mode de vie enracinée dans la criminalité. Jouant complètement sur le décalage absurde entre les figures caricaturales de banalité de ses habitants (le casting est parfaitement choisi en ce sens) et les coups de sang féroces dont ils font preuve pour tenter d'éliminer le parasite que représente Ulysses à l'intérieur de leur système bien établi, le film vire au bon gros défouloir franchement entraînant, jamais avare en exécutions grand-guignolesques et gros calibres pour les accomplir (le dernier acte offre de surcroît une cerise sur la gâteau particulièrement réjouissante en la matière).
Mené par un génial Bob Odenkirk (pléonasme), le film témoigne aussi souvent de la patte d'un auteur bien plus inspiré que celle plus habituelle -et parfois plus formatée- derrière d'autres productions d'action à l'humour amer du même type en se permettant notamment de nommer son héros Ulysses (et sa femme absente Penny) pour coller au mythe du héros ici en errance de lui-même ou en se dotant de quelques élans de critique sociétale vis-à-vis des petites villes américaines abandonnées à une faillite inévitable par les autorités américaines.
Certes, "Normal" n'a pas la prétention d'être une anomalie cinématographique mais juste de faire diablement bien son job en sa catégorie et, avec un Ben Weathley en chef d'orchestre idoine et plus expérimenté que la moyenne pour le diriger, il le fait avec la manière, les explosions violentes et les grands sourires complices qui vont avec. On est plus que pren