Cette radiographie du monde paysan sous la pression d'un verrou capitaliste de plus en plus serré rappelle les récents As bestas (pour le fond : ancrage territorial, enjeux économiques et écologiques) et Nomadland (pour la forme : approche documentaire et acteurs en partie non-professionnels).
En choisissant, pour raconter cette fresque familiale - qui a pour grand mérite de montrer une campagne espagnol qu'on ne connait pas -, la multiplicité des regards des différentes générations qui la composent (de l'insouciance enfantine, au fatalisme adulte en passant par la rage adolescente et la nostalgie des anciens) Carla Simón trouve autant sa force que sa faiblesse. Si le passage d'un personnage à l'autre est souvent habile (en particulier lors de la séquence de fête de village), le manque de focalisation laisse le goût d'un récit épars et dessine avec un trait trop flou ses protagonistes, empêchant un vrai sentiment d'attache.
Trop long, le développement est pauvre en avancées, pas aidé par un rythme en ellipses qui ne parvient pas toujours à garder éveillé l'intérêt du spectateur.
Et la mise en scène binaire, parfois sensible et touchante (notamment grâce au travail du son, sensoriel et immersif), parfois trop distante et silencieuse, trop objective, bloque finalement l'émotion et manque de cinéma.