Le cinéma italien contemporain a perdu de sa superbe, c'est un fait. Nous sommes bien loin des grands péplums muets, du néoréalisme, des westerns spaghettis, et des polars violents au succès retentissant. Aujourd'hui, de très bons auteurs retiennent régulièrement l'attention du public cinéphile, de Matteo Garrone à Paolo Sorrentino, en passant par Marco Bellocchio, Stefano Sollima, ou par mon chouchou : Pietro Marcello. Mais si ces noms font rêver, force est de constater que c'est à peu près tout. Globalement, le cinéma italien navigue entre comédies oubliables et films de mafia.
Nostalgia s'inscrit dans la deuxième catégorie. Le personnage de Felice revient à Naples, après 40 ans d'absence, constate ce qu'est devenu son quartier, et l'emprise de la mafia sur celui-ci. Encore un film de mafia donc ? Oui, mais non sans intérêt.
Les 40 premières minutes du film font plus penser à un film social qu'à un thriller. On déambule avec le personnage principal dans les ruelles d'un quartier napolitain, on rencontre des personnages qui traduisent la misère de la Ville, et on voit bien les caïds locaux faire leurs tours de motos en menaçant, terrorisant, bref : en marquant leur présence. Toutes les scènes m'ont marqué par le travail sur le son. Que l'on soit à l'intérieur d'un appartement ou dans la rue, c'est le bruit de la ville qui fait la cohérence et marque le fil rouge du long-métrage. Naples a beau être une ville meurtrie, elle ne cesse de vivre par les cris des enfants, les discussions des mamas, les moteurs des motos, des voitures, et les cloches des églises. Cela peut paraître anodin, mais tous les films n'ont pas ce soucis du détail, cette volonté de nous plonger réellement dans l'ambiance d'une cité.
Après tout ce temps à découvrir Naples, et à mieux comprendre d'où vient le héros, un nouveau personnage entre en scène, celui de Don Luigi, jeune prêtre social, couillu, qui n'a pas sa langue dans sa poche. Il est la figure charismatique du quartier, osant lutter ouvertement contre la mafia. On le découvre d'ailleurs à travers un sermon qui s'apparente plus à un discours politique. Le personnage est si bien écrit qu'on en veut presque au réalisateur de ne pas en avoir fait le personnage principal. A travers lui, c'est une note d'espoir qui traverse le film. Il n'est pas impossible de contrer la mafia, les jeunes peuvent trouver une autre voie que le banditisme pour s'en sortir, et l'église devient un espace social à part entière, pour toutes les générations. Elle est ce refuge qu'elle a toujours été à travers les siècles, pour les plus démunis et les plus fragiles.
Bien loin des clichés anticléricaux et des scénarios provocateurs du cinéma français, qui ne s'intéresse plus qu'aux femmes voulant devenir prêtre ou aux pédocriminels dans l'Eglise, le cinéma italien conserve un certain attachement pour la figure du prêtre (la série The Young Pope en est aussi une preuve). Ainsi, Don Luigi, fin connaisseur de son quartier, prend par la main Felice, et donc le spectateur, pour mieux montrer la réalité sociale et ce qu'on peut faire concrètement.
Dans le rôle principal, on ne présente plus Pierfrancesco Favino, tant cet acteur est devenu le visage du cinéma italien, étant en tête d'affiche dans deux ou trois films de son pays chaque année, quand il ne va pas tout simplement jouer les seconds rôles à l'international. Sa voix et sa présence physique suffisent à nous faire entrer dans l'histoire. On s'étonne d'ailleurs de le voir dans le rôle d'un homme aussi peu bagarreur (on le voit plus pleurer que se mettre en colère), la mafia le terrorisant plus qu'autre chose.
Nostalgia, comme son titre l'indique, nous parle de la nostalgie d'un homme revenant dans un quartier qu'il a fui, mais qui l'attire malgré lui, même 40 ans plus tard. Très rapidement, malgré tous les problèmes évidents, Felice ne souhaite qu'une chose : se réinstaller à Naples. Plus que la nostalgie, c'est de déracinement que parle le film. Felice en est d'ailleurs l'exact définition puisqu'il n'a plus rien en commun avec ses semblables. Converti à l'islam, vivant en Egypte, riche homme d'affaires, tout indique qu'il est un étranger alors même qu'il ne fait que revenir aux sources. Mais là où le film pèche, c'est dans le brutalité de sa fin.
En effet, Felice se fait poignarder par son ami d'enfance, ce dernier étant devenu le chef de la mafia. Celui qui est resté s'est enlisé dans le crime, celui qui est parti s'est au contraire enrichi. J'aurais aimé que le film continue, parce que cette fin semble venir d'un manque d'imagination. Elle ne raconte pas grand chose, et laisse les questionnements du spectateur là où ils ont commencé. On a pris le temps de nous présenter un quartier, mais on ne nous a pas laissé comprendre ses rouages.
Et cette fin est bien dommage, parce que la tension s'accentuant tout au long du film fonctionne bien, tranchant la vie de quartier, rappelant sans cesse aux spectateurs que Naples reste une ville gangrénée par la mafia. Le réalisateur appuie d'ailleurs souvent sur des plans montrant des gangsters surveillant les rues, scrutant les moindres faits et gestes, comme une surveillance policière permanente sous une dictature. Sans être un chef-d'œuvre, Nostalgia reste marquant, préférant le portrait social au film classique de mafia, même si la mise en scène ne brille pas par son originalité.