Alors que le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective, Claire Simon prolonge son œuvre documentaire par un de ses plus beaux fragments, Notre Corps, soit l’étude du rapport entre le corps féminin et le monde hospitalier. Dès la scène d’ouverture, où une jeune femme parle de sa première fois, de sa grossesse non désirée, de sa volonté d’avorter, le spectateur peut sentir que filmées et cinéaste partagent un même degré de mise en danger, une impudeur réciproque et consentie au service d’un dévoilement commun. Scène après scène, patiente après patiente, de la natalité à la mortalité, le film, d’une grande douceur, ne départira jamais de son programme ni de son dispositif, scrutant et interrogeant la condition féminine, célébrant ses puissances sans cacher aucunement ses souffrances. In fine, ce geste de réappropriation – le nous de notre – est aussi un geste d’ouverture, une invitation vers l’altérité.