Film extraordinaire. Pelechian au sommet de son art, ambitionne de raconter l’humanité et le XXe siècle, le combat contre la gravité, la conquête spatiale et la soif cosmique, en bref la vanité des hommes.


On y verra des visages de cosmonautes déformés par l’accélération, des champignons atomiques, des mises à feu dans le désert, des machines qui s’écrasent, d’autres qui explosent. Les pionniers de l’aviation. Un biplan qui s’élance, un autre qui se crash. Et plus tard ces deux trains qui entrent en collision, une fois, deux fois. Un dirigeable avant qu’il ne s’enflamme. Des lueurs cosmiques synchronisés à des battements de cœur. Et parfois le film vire au burlesque (musique à l’appui) lorsqu’il dévoile ces tentatives manquées d’envol.


Le film s’ouvre dans le vif : Une plate-forme de lancement. Une salle de contrôle, les yeux rivés vers le ciel. La carlingue d’un vaisseau. Des visages. Un décompte. Décollage. La boucle reprendra vers la fin du film, quasi identique, comme pour rappeler que tout n’est qu’un éternel recommencement. Que tout est à la fois magnifique, fou et vain. L’hypnose par l’absurde.


C’est une succession d’images détournées provenant d’archives probablement utilisées pour des films de propagande. Pelechian les assemble avec des images d’anonymes et de projets scientifiques, formant un tout vertigineux et musical. C’est Vertov qui aurait rencontré 2001, l’odyssée de l’espace dans un collage d’images et une expérience sensorielle hors du commun. Un voyage effrayant et somptueux.


Cette ambivalence – fascination / répulsion – est toujours au cœur de son cinéma. Rien d’étonnant à voir une foule acclamer le retour d’un cosmonaute dans une rue partiellement inondée avant d’en voir une autre pleurer ses héros disparus. Le film est jalonné de raccords fous. C’est une merveille de montage. Chef d’œuvre.

JanosValuska
8
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le 6 mars 2025

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