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SuivreColonoscopie d'un pays
Comme une voix qui monterait du sol pour fissurer le ciel, le cinéma de Lucrecia Martel a toujours travaillé les surfaces pour en révéler les failles. De La Ciénaga, où la torpeur domestique...
Depuis longtemps j'ai un attrait très particulier pour ces films (documentaires ou fictions) qui s'intéressent à des communautés en marge de la société, qu'elles soient autochtones ou non. Un aspect anthropologique qui me plaît beaucoup, dans lequel je trouve ce qui est pour moi l'essence du cinéma : ouvrir sur le monde, révéler l'invisible, rendre sensible quelque chose qui nous est étranger. Dans NUESTRA TIERRA, Lucrecia Martel aborde cette thématique par le biais de la décomposition d'un vivre-ensemble et du bon sens. Paradoxalement, c'est de là que surgit la beauté et la sensibilité de cette communauté autochtone.
Face au procès qui cherche des preuves matérielles et à créer de la raison, Lucrecia Martel oppose des formes poétiques : les souvenirs visuels ou en voix-off, une contemplation des paysages et des personnes, une observation de leur mode de vie, les liens humains qui composent cette communauté sans avoir à les expliciter, etc. Ces formes poétiques sont un retour à une vitalité, à un humanisme, à une connexion véridique avec la terre. En opposition avec cette bourgeoisie coloniale qui n'a de perspectives que la violence, la dépossession et le jugement. Ces formes poétiques sont bien plus qu'une chevauchée dans l'Histoire de ce peuple, elles sont aussi le témoignage d'une spiritualité humaine encore vivante quelque part.
Celle où le paysage (la terre, le territoire où l'on habite) est un personnage à part entière. Le personnage impuissant à défendre, théâtre de tous les rapports sociaux de l'humanité. Jusqu'à la théâtralisation du tribunal, rebours froid et clinique du paysage extérieur. Deux mondes ne peuvent plus communiquer, et c'est terriblement d'actualité.
Créée
le 10 août 2026
Critique lue 3 fois
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