Dans la veine mélodramatique des films de Luchino Visconti, "Nuits blanches" ne figure vraiment pas dans le haut du tableau de mes appréciations, surtout si on le compare avec le suivant qui sortira quelques années plus tard, "Rocco et ses frères" — vu il y a un certain temps mais magnifique dans les souvenirs. Sur le plan théorique, les ingrédients sont réunis : Marcello Mastroianni au hasard de ses déambulations rencontre Maria Schell, une femme qui attend le retour de Jean Marais, son amant, un an après leur dernière entrevue. Et cette configuration, on mettra un certain temps à l'appréhender car tout ne nous est pas servi sur un plateau, prêt à être assimilé : il faudra plusieurs discussions entre les deux protagonistes au bord d'un canal très photogénique (bien que de studio) pour que le comportement intrigant de cette femme laisse entrevoir un passif pour le moins singulier. Et de son côté, sincèrement affecté par sa solitude mais quand même très intéressé par le jeu de séduction qui s'annonce, l'homme jouit d'un portrait loin d'être inintéressant.


Mais pas de bol, "Le notti bianche" se trouve être prisonnier d'un voile romantico-gnangnan un peu trop puissant à mon goût, avec des personnages qui globalement en font des caisses et de caisses dans le registre de l'amour impossible sans pour autant parvenir à faire bouillir les sentiments pour nous les communiquer. Quelques pistes intéressantes viennent ponctuer la narration, de temps en temps, avec par exemple ce questionnement qui survient concernant Natalia, la femme, au sujet de cet homme qu'elle attend et qui pourrait tout aussi bien être un fantôme, un fruit de son imagination. Il flotte sur le film une ambiance irréelle assez agréable, baignant dans le tissu d'un rêve aux contours flous, et assaisonné de lumières en clair obscur. Dommage qu'on ne soit pas plus préoccupé par le malheur de cette femme, et que l'ensemble souffre d'artificialité dans les revirements incessants. Seule la séquence finale parvient à se rendre déchirante en matière de destruction d'illusions amoureuses.


Créée

le 26 déc. 2025

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Morrinson

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