Le film est une bonne surprise... dès lors qu'on n'attend généralement pas grand-chose d'un film de Léon Mathot. Ce dernier utilise habilement la densité dramatique qu'introduit le bon scénario de René Wheeler. Du rythme, du mouvement et une direction d'acteurs plutôt réussie (en particulier Hélène Perdrière, très bien dans un rôle potentiellement mélo) : Mathot met en scène un drame qui a l'apparence du polar. Un polar de l'Occupation.
Une serveuse de bar secourt un résistant qui vient d'échapper à la gestapo. Episode introductif pas nécessairement réaliste mais bien mené. L'intérêt du film, tourné si peu de temps après la Libération, c'est d'oser montrer, à un moment où on est plus enclin à exalter l'esprit de résistance, les auxiliaires ordinaires des Allemands, gestapistes et collabos, mi flics, mi-truands occupés à poursuivre le résistant fugitif. Les bons et les mauvais Français se partagent l'intrigue dans une ambiance de soupçon. On sent une écriture qui n'est pas tant destinée à régler des comptes qu'à donner un échantillon d'attitudes.
On trouvera aussi des détails qui ne passent pas inaperçus aujourd'hui, comme le vélo-taxi ou les rues parisiennes non éclairées la nuit, ce qui complique de s'y repérer.