Avec "O' Brother", les frères Coen semblent lucides à propos de l'évolution du cinéma. Après près d'un siècle d'existence, ce mode de représentation est arrivé à un stade de maturation depuis les années 1970, si bien que le rôle du cinéaste a changé. Tout (ou presque) a déja été vu, a déja été fait, a déja été exploité, si bien que les auteurs ne doivent plus créér ou inventer, mais recréér ou réinventer. Chacun se doit de composer avec les trouvailles passées, et ça, les frères Coen l'ont bien compris.

Cette transposition moderne parodique de "L'Odyssée" d'Homère emprunte ouvertement à de nombreux genres, comme celui-ci de l'évasion, du road movie, de la bande dessinée ou encore du western. Ce joyeux mixte permet l'émancipation artistique du duo, puisqu'ils ont su imposer leur propre style et créer leur propre univers. Derrière un ton léger apparent de comédie fandarde, loufoque et déjanté, se cache de plus fines revendications, un peu comme dans "South Park" finalement.

En effet, le cadre se place dans l'Amérique des années 1930, l'occasion de tourner en dérision les vices de cette époque, et de rappeler avec humour aux citoyens actuels de cette grande puissance, les fâcheuses tendances ancrées dans l'Histoire de leur pays. Pour remédier à l'agacement, les Coen vont donc à contre-courant des oeuvres traitant habituellement de cette decennie, qui se veulent souvent glorifiante. Représentée comme ultra-traditionnaliste, politiquement manipulatrice, fanatique religieusement et superstitieusement, mais surtout raciste au possible, l'Amérique a un lourd passif.

Techniquement au top, ce récital éclaté pétri de références narre les aventures de trois prisonniers s'échappant du bagne. Semblables aux Daltons, ces larons constituent un trio qui fonctionne impeccablement, grâce à une direction d'acteurs réussie. Le plus jouissif, c'est surtout le fait que la musique devienne un personnage à part entière. Au hasard des rencontres et des péripéties, tout est pretexte à un délire musical, que ce soit avec du blues, du country, ou même parfois des chants religieux.

Malgré quelques petites imperfections, nous avons affaire à une excellente comédie, aussi inventive que novatrice, qui vous fera passer un super moment.
TheStalker

Écrit par

Critique lue 447 fois

8

D'autres avis sur O'Brother

O'Brother

O'Brother

8

Vincent-Ruozzi

le 22 mars 2017

Suivre

Odyssée burlesque

O’Brother est une comédie. Rien de parvient à décaler la drôlerie constante instaurée par les frères Coen, pas même cette période terrible que fut la Grande Dépression. Un aspect que l’on retrouvait...

O'Brother

O'Brother

7

Sergent_Pepper

le 23 janv. 2020

Suivre

Mississipi learning

Après le succès mitigé du Big Lebowski, les Coen ne se démontent pas et poursuivent dans une comédie dénuée de noirceur, un ingrédient qui a pourtant fait leur succès et défini leur patte, notamment...

O'Brother

O'Brother

7

Docteur_Jivago

le 14 juin 2018

Suivre

Crossroads Blues ou l'odyssée des Co(e)n

Adaptation très libre de l'Odyssée d'Homère, O Brother, Where Art Thou?, huitième long-métrage des frères Coen, nous emmène en plein Mississippi pour y suivre l'évasion, puis la traque de trois...

Du même critique

Le Fossoyeur de films

Le Fossoyeur de films

6

TheStalker

le 21 mai 2014

Suivre
Dernière modification

le 21 mai 2014

Il creuse, il creuse et comble un vide ...

Bonjour à tous ! Ici TheStalker et aujourd'hui j'ai déterré pour vous un sujet qui nous concerne tous, ô sens critiqueurs et internautes de tout horizons : Nous allons parler d'un des plus...

Her

Her

10

TheStalker

le 22 mars 2014

Suivre
Dernière modification

le 22 mars 2014

La magie de l'émotion.

Ouahh !! Que dire ? Si ce n'est que je viens tout juste de vivre ma plus belle expérience dans une salle obscure. Le jour des mes 16 ans, j'ai eu la chance de contempler la petite merveille du...

Le vent nous emportera

Le vent nous emportera

9

TheStalker

le 27 juin 2014

Suivre
Dernière modification

le 27 juin 2014

Vivre au Gré du Vent

Les plans inauguraux du "Vent nous emportera" incarnent l'idée d’un corps mouvant, pénétrant dans un cadre immobile. De majestueux panoramiques balayent lentement ce paysage silencieux grandiose,...