• Revu en mars 2014 :
Oblivion comporte tout ce qu'on peut attendre d'un bon film de science-fiction, et surtout possède une ambiance sans commune mesure. D'un point de vue esthétique, il est irréprochable. Ses effets spéciaux sont superbes dans cette veine futuriste sobre et "top design", ses environnements sont à tomber tant les paysages islandais offrent le parfait compromis de terre désolée et fascinante, et ponctués numériquement de nombreux vestiges humains saisissants, et la photographie de Miranda est juste superbe. Le point d'orgue, comme pour Tron: Legacy, c'est la musique éthérée et puissante du leader de M83 et Trapanese, qui élève assurément n'importe quelle scène du film (le finale est magistral). Sans oublier la prestation de Cruise qui éclipse les autres noms du film et livre des scènes d'action bien foutues. Outre la romance assez inégale, l'univers d'Oblivion touche à plusieurs thèmes typiques de la SF adroitement construits au sein d'une intrigue riche. Le plagiat de Moon est l'argument le plus idiot qui existe envers ce film qui montre que Kosinski sait clairement servir une SF moderne aussi réfléchie que belle.
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• Critique du 17 avril 2013 :
Le premier film à m'avoir vraiment bluffé, et fait plonger dans le cinéma de science-fiction, c'était Sunshine. Je regretterai à jamais de ne pas l'avoir vu en salles, et c'est pour cela qu'aujourd'hui je remercie Oblivion. Car malgré son esthétique aux antipodes (là où le premier se passait dans l'espace avec les couleurs chaudes du soleil, le second se déroule sur Terre avec les teintes froides de la désolation), il a réussi à me faire vivre une expérience cinématographique tutoyant sûrement celle délivrée par Danny Boyle, surtout de par l'envergure du dernier acte - et son final subjuguant (une des meilleures séquences de SF qu'il m'ait été donné de voir) - qui a fini de me conquérir. Oui, Oblivion m'a réellement enthousiasmé, et je n'aurais jamais pensé que le réalisateur derrière Tron: Legacy (très sympathique au demeurant, mais entaché par l'esprit Disney), en serait le responsable. D'ailleurs, en patientant dans la salle, je me demandais si un un jour un film de SF arriverait à me procurer, de nouveau, telles sensations.
Qui plus est, mon excitation vis-à-vis du long-métrage était passablement retombée à mon arrivée dans la salle (l'effet "découverte des enjeux de Gravity" quelques jours avant), je n'y croyais plus vraiment et pensais m'ennuyer. Soyons honnêtes, le film débute basiquement. Là où il devrait d'emblée captiver le spectateur, il se constitue principalement d'exploration de l'univers créé, des différentes technologies utilisées, et d'une brève présentation de la psychologie des personnages. C'est très sympathique cela dit, avec quelques surprises en chemin, et bien joli, mais il n'y a rien de spécial et ça peut paraître un tantinet longuet. À l'image de ce que présentait la bande-annonce finalement, car pendant les 45 premières minutes tous les éléments présentés pour la promo du film sont mis en place. Et c'est ensuite qu'Oblivion s'élève, partant sur des terrains inattendus, et surtout tenus secrets de toute vidéo promo. L'intrigue captive alors, attise la curiosité, et se développe en une trame honorable. Kosinski est très fort, vraiment, pour avoir tissé tout cet ensemble. Évidemment, on y trouve de nombreuses inspirations de monuments et petits films indépendants cultes de la science-fiction, mais c'est tellement bien arrangé que le scénario est à la fois riche, compréhensible et prenant, sans se contenter d'une histoire linéaire (dans les deux cas, il y en aura toujours pour râler).
Au moins, parmi ce marché de suites, remakes et adaptations, Oblivion a pour lui d'être un film à l'intrigue originale, avec un tout nouvel univers. Certes, visuellement on pense à plusieurs œuvres du genre, que ce soit dans les environnement (La Planète Des Singes, Prometheus), ou bien l'esthétique de certaines architectures et véhicules (Tron: Legacy, Portal, Cube). La trame scénaristique se fait également écho de longs-métrages marquants, soit dans les grands axes (2001: L'Odyssée De L'Espace, Moon, Matrix), ou la façon d'organiser le développement des évènements (Sunshine, Wall-E). Beaucoup de références, d'emprunts, c'est vrai, mais qui s'enchaînent sans paraître lourds, ni incongrus, et surprennent admirablement, même s'il est évidemment possible d'être titilleux vis-à-vis d'évènements précipités, anecdotiques, ou n'apportant pas toujours l'émotion recherchée. Le plus intéressant sera de se questionner : "Et si, un jour lointain, nous étions amenés à quitter définitivement la Terre, que nous en resterait-il ?". En fait, dès le début, il se construit une atmosphère représentative de ce qu'il va advenir, toute jolie mais troublante et mystérieuse, qui profite déjà à construire les différentes strates d'un scénario qui finit par culminer.
Mais avoir une intrigue solide ne suffit pas, encore faut-il que les acteurs suivent. J'avoue avoir été dubitatif à l'annonce de Tom Cruise dans le projet. Je n'ai rien contre l'acteur, mais sa prestation dans le dernier Mission Impossible laissait à désirer. Qui plus est, avoir une tête aussi connue est clairement préjudiciable pour tout impact émotionnel. Ce qui est généralement le cas dans le film. Toutefois, Cruise y est impressionnant ; il m'a tout simplement épaté tant l'acteur porte le film. Constamment à l'écran, son personnage en devient très crédible et suit une évolution fantastique. Alors, si en plus il fait ses cascades lui-même... Dernièrement, on a accordé bien souvent trop peu de crédit à cet acteur sous couvert de ses orientations religieuses/sectaires, il n'empêche qu'il demeure un des "actionners" les plus charismatiques, professionnels et talentueux du marché quand il se donne à fond. Quant à Andrea Riseborough, Morgan Freeman, Olga Kuryenko et Nikolaj Coster-Waldau, des seconds rôles bien choisis, ils n'apparaissent finalement que peu, permettant juste de personnifier un personnage clé de l'histoire d'un visage marquant que d'offrir un jeu mémorable. Cruise vole vraiment la vedette, surtout du fait qu'il ne retombe pas dans son rôle habituel parsemé de blagues à tout bout de champ.
Il n'y a, en effet, pas énormément d'humour dans ce film, si l'on excepte deux-trois répliques naturelles. Et c'est plaisant, pas d'allusions forcées, pas de blagues potaches, pas de gags usités, ni même de lignes qui font un bide. Le ton du film demeure sérieux, sans pour autant être sombre. Il est, au contraire, très lumineux, du fait des paysages et de l'esthétique générale. Mais c'est comme si cette pureté apparente était factice et recelait des secrets plus noirs. Dans son ensemble, l'histoire se veut orientée adulte, plutôt éloignée du blockbuster de base. D'ailleurs, en dépit de ses nombreuses scènes d'action et son rythme soutenu, il est difficile de voir en Oblivion un blockbuster tant il traite de thèmes assez recherchés. Dans l'absolu, Tron: Legacy suivait également cette voie, même si Disney a fait planer un esprit familial. Optique vite annihilée à travers la sublime série animée qui a suivie, Tron: Uprising, dont les sujets bien trop matures pour la compagnie lui ont valu d'avoir une diffusion saccagée. Ici, Oblivion n'a donc pas été bridé par Disney (chez qui il devait originellement être produit), et peut ainsi se permettre de ne pas devoir plaire aux plus jeunes, et plutôt ravir un public plus expérimenté.
Comme l'a dit Joseph Kosinski, son long-métrage est également un hommage à la science-fiction des années 70, que ce soit dans les films déjà cités, ou bien les séries télévisées comme La Quatrième Dimension. Il les retranspose juste avec une vision moderne éblouissante. L'esthétique est effectivement brillante. Des paysages monochromatiques impressionnants captés en Islande (tout comme Prometheus), à la photographie chirurgicale de Claudio Miranda - qui marque toutefois moins que sur L'Odyssée De Pi. Couplée à ces apparats visuels de haute volée, s'exprime la réalisation superbe de Kosinski qui varie plans et séquences pour garder une once de dynamique tout en l'empreignant d'une mélancolie et essence artistique certaine. Abonné Sony, il récidive de nouveau avec la dernière caméra du géant japonais, la F65, qui octroie une définition incroyable simulant l'IMAX tout au long du film que l'on jurerait tourné comme tel avec cette flopée de prises de vues larges et immersives. Les plans contemplatifs y sont de ce fait saisissants. Et c'est vraiment la seconde moitié du film qui montre la richesse des plans du réalisateur, imprégnant sans mal leur composition dans l'esprit pour un bon moment. Il sait également mettre en valeur les séquences d'actions (cette poursuite monumentale dans le canyon - superbement mise en scène), dont il n'est clairement pas avare mais qu'on viendrait presque à regretter tant elles effacent un peu cette atmosphère particulière qui englobe le long-métrage et aurait pu relever d'une œuvre grandiose. La teneur de nombreux plans (ceux de vols essentiellement) laissent même à penser qu'ils ont été conçus pour la 3D, et font du coup regretter qu'il n'y ait pas de version en ce format, tant elle aurait totalement pu jouir des environnements riches, des installations futuristes et d'une mise en scène soignée et totalement propice à cette dimension ajoutée.
Évidemment, film de science-fiction mené par Kosinski oblige, de nombreux effets visuels viennent accompagner l'histoire. Si l'on sent parfois la présence de matte painting ou d'incrustations pour plusieurs séquences en extérieurs post-apocalyptiques, Oblivion gagne d'avoir la majorité des paysages naturels, tels qu'on les trouve en Islande ; seules les constructions déchues ont été rajoutées en leur sein. Pareillement, le réalisateur privilégie les effets pratiques plutôt que les numériques, et tous les véhicules, drones et habitations ont été fabriqués de toutes pièces, conçu d'un doigté subtil pour marier sobriété, élégance et réalisme, et rendre le tout fantastique à l'écran. À la façon de Stanley Kubrick sur 2001, L'Odyssée De L'Espace, Kosinski remplace certains fonds verts par des projections sur des écrans tout autour du plateau, surtout lorsqu'il filmait les acteurs à l'intérieur de la Tour, qui s'élève au-dessus des nuages. Ce qu'on voit à travers les immenses baies vitrées est donc on ne peut plus réel puisque capté depuis les sommets d'un volcan d'Hawaï.
L'autre très grosse réussite du film, c'est sa bande-son, que l'on doit à Anthony Gonzalez, tête pensante du groupe M83, et Joseph Trapanese, compositeur extrêmement talentueux. Kosinski avait d'ailleurs pensé à M83 alors qu'il écrivait l'histoire, en 2005, tout en écoutant/découvrant un de leurs morceaux, dont le développement a fini par l'inspirer. À l'instar de Daft Punk sur Tron: Legacy, meilleur choix possible puisque les Français avait le film originel comme influence, avoir M83 qui a indirectement aidé le réal dans son processus créatif n'est que pur bon sens. Aucun autre groupe ou compositeur n'aurait été à même de produire la même harmonie souhaitée par Kosinski. Et puis, c'est de nouveau un talent français qui s'ajoute aux très bons goûts du metteur en scène. La bande-son, en elle-même, si elle tire un peu la patte en écoute séparée, n'a aucun mal à enjoliver les images et nous emporter dans cette quête d'émerveillement entre séquences artistiques et passages musclés plus épiques (avec un son de batterie naturel extrêmement prenant). On y retrouve une bonne influence d'Hans Zimmer, notamment sur l'usage des schémas percussifs significatifs, mais également des textures électroniques dans la veine de Tron: Legacy, par le biais de la patte de Joseph Trapanese qui avait arrangé la bande-son des deux robots. Quant aux thèmes forts, ils bâtissent des structures oniriques et envoûtantes, personnifiant définitivement le film.
Enfin, avec Oblivion, Kosinski réalise SON film, sans partir d'une base pré-établie. Il a ici tout pensé - de l'histoire, au visuel, à la musique - et impose déjà, en l'espace de deux films seulement, une identité cinématographique à part. Toujours avec une maitrise technique sidérante et une capacité somptueuse à créer des univers futuristes - dans leurs environnements, leurs architectures, mais également les rendre cohérents en laissant entrevoir un passé - il amène ici un fond vraiment consistant en plus ; difficile alors de ne pas accrocher. Certainement un nom sur lequel il va falloir compter pour les prochaines décennies - son prochain remake de Le Trou Noir allèche déjà - Kosinski a cet esprit visionnaire indispensable à tout bon auteur de science-fiction.