"Oddity" partage avec "Caveat", le premier long-métrage de Damian Mc Carthy, plusieurs qualités que j'aime beaucoup chez ce réalisateur. Comme dans "Caveat", on retrouve le rythme lent, un grand décor étrange et angoissant et des personnages un peu bizarres et mystérieux.
J'ai retrouvé la même sensation d'être dans un monde à part et hors du temps dans cette immense maison ancienne dont la forme carrée et l'immense cour intérieure évoquent une villa romaine, isolée dans la campagne sauvage irlandaise. A travers la médium/sorcière Darcy et son imposant et terrifiant homme en bois qui fait penser à un Golem ou la statue du Commandeur de Don Juan, une porte est ouverte sur un monde de croyances archaïques et d'extrême sauvagerie venues du fond des âges. On a l'impression que deux temps se télescopent : celui du couple qui essaie de rénover cette superbe bâtisse antique et celui de Darcy qui collectionne les objets anciens étranges dans son magasin de curiosités (oddities). S'y ajoute la folie, à travers l'hôpital psychiatrique qui, en quelques scènes, évoque plus un enfer confiné qu'un lieu de soin rassurant.
Impossible de deviner où le réalisateur veut nous emmener, tant les personnages sont difficilement cernables et on est pris par l'ambiance. Le rythme très lent, l'arrivée de Darcy et son énigmatique bonhomme de bois font planer une menace sourde et indéfinissable. On sent qu'il va se passer quelque chose de violent et le dénouement tient toutes ses promesses avec un enchaînement de rebondissements très bien orchestré.
Mc Carthy sait prendre son temps et faire lentement monter la tension. C'est flagrant dans sa façon de filmer la créature de bois, assise au bout de la longue table, immobile pendant presque tout le film. Avec son visage grossièrement sculpté et sa bouche perpétuellement grande ouverte, elle est terrifiante, au moins autant que le mémorable petit lapin mécanique de "Caveat". C'est une grande réussite. Mc Carthy exploite parfaitement sa présence muette et immobile. Plus le temps passe et plus on attend avec anxiété le fameux moment où il va se décider à bouger. Et quand il bouge, ça fait son petit effet.
J'ai retrouvé l'art de Mc Carthy de filmer les intérieurs, les recoins sombres, et d'utiliser l'attente comme source d'angoisse. Il sait qu'il n'y a pas besoin d'effets spectaculaires pour faire peur. Rien de tel qu'une pièce dans la pénombre ou un couloir "mal" éclairé pour créer le malaise. Et si un géant en bois apparaît à l'autre bout, l'effet est maximum.
J'ai beaucoup aimé les clins d'oeil que Mc Carthy fait à ses oeuvres antérieures, comme le lapin mécanique qu'on voit au début sur une étagère ou un des personnages de l'asile dont le prénom Olin et l'oeil de verre renvoient à un court-métrage (How Olin lost his eye) du réalisateur. Il doit y en avoir d'autres que j'ai loupés, il faudra que je les trouve. J'ai aussi reconnu l'acteur principal de "Caveat" dans un rôle secondaire.
Les acteurs sont tous très bons.
Je regrette seulement quelques jumps scares superflus avec une bande-son trop appuyée. C'est pourquoi je préfère tout de même "Caveat" pour sa forme et son originalité encore plus radicales.
Mais Mc Carthy ne déçoit pas pour son deuxième long-métrage. Et je conseille vivement ses courts-métrages.