Le film s'ouvre sur le meurtre brutal de Dani Odello, une jeune femme vivant dans une maison isolée avec son compagnon Ted Timmis, psychiatre. Peu avant sa mort, un ancien patient de Ted vient frapper à sa porte. Il affirme qu'un individu est entré dans la maison et qu'elle est en danger. Le film présente d'abord cet homme comme un personnage inquiétant, laissant penser qu'il pourrait être le meurtrier.
Un an plus tard, Darcy Odello, la sœur jumelle de Dani, tente de découvrir la vérité. Darcy est aveugle et possède des capacités médiumniques particulières : elle affirme pouvoir communiquer avec les morts à travers certains objets chargés d'histoire. Elle tient un magasin d'antiquités qui ressemble davantage à un cabinet de curiosités qu'à une boutique classique, rempli d'objets étranges auxquels elle attribue parfois des propriétés surnaturelles.
Persuadée que l'histoire officielle ne tient pas debout, Darcy se rend chez Ted, qui vit désormais avec une nouvelle compagne. Elle apporte avec elle un étrange mannequin de bois grandeur nature dont le crâne est rempli d'objets ayant appartenu à sa sœur défunte. Grâce à ses capacités et aux manifestations qui surviennent autour de ces objets, elle comprend progressivement que l'ancien patient n'était pas le meurtrier. Celui-ci cherchait au contraire à prévenir Dani du danger qui la menaçait.
La vérité est bien plus sombre : Ted aurait orchestré le meurtre de sa compagne avec l'aide d'un employé de son établissement psychiatrique, avant de faire porter la responsabilité du crime à l'un de ses patients. À mesure que Darcy se rapproche de la vérité, elle devient elle-même une cible. Blessée dans la maison de Ted, elle succombe finalement à ses blessures. Mais le mannequin de bois qu'elle avait amené semble alors s'animer et intervient pour punir ceux qui ont participé au crime. Dans les dernières minutes, alors que Ted pense avoir définitivement échappé à la justice, le surnaturel revient frapper à sa porte sous une forme particulièrement étrange, laissant entendre que le règlement de comptes n'est peut-être pas terminé.
Dès ses premières minutes, Oddity installe une atmosphère particulièrement efficace. La campagne irlandaise, la maison isolée, les objets mystérieux et la présence inquiétante du mannequin de bois créent immédiatement un sentiment d'étrangeté. Damian McCarthy démontre un véritable savoir-faire dans la construction du suspense. Avec peu de moyens apparents, il parvient à installer une tension constante et à maintenir l'attention du spectateur.
Le personnage de Darcy constitue également l'une des grandes réussites du film. Carolyn Bracken livre une interprétation convaincante et apporte beaucoup de présence à cette femme aveugle qui semble percevoir davantage que les autres. Son magasin d'antiquités et les objets qui l'entourent constituent sans doute les éléments les plus fascinants du récit.
C'est d'ailleurs là que se trouve, selon moi, le principal problème du film.
Le titre Oddity signifie littéralement « bizarrerie », « curiosité » ou encore « objet étrange ». Ce choix renvoie évidemment au cabinet de curiosités de Darcy et à tous les artefacts insolites qui peuplent son univers. Pourtant, le film ne développe jamais réellement cette dimension. Il nous montre ces objets, il suggère leur pouvoir, il crée une fascination autour d'eux, mais il ne les explore jamais en profondeur.
Le mannequin de bois est probablement le meilleur exemple de cette frustration. Son apparence est remarquable, sa présence est inquiétante et il semble appartenir à un univers beaucoup plus vaste que celui présenté à l'écran. Pourtant, le film ne nous apprend presque rien sur lui. Il devient davantage un outil narratif qu'un véritable personnage ou qu'un élément central de mythologie.
Le même constat s'applique au cabinet de curiosités lui-même. Tout ce que l'on aperçoit donne envie d'en savoir davantage. On imagine des histoires, des légendes, des objets maudits, tout un système de croyances et de règles surnaturelles. Mais le film préfère finalement revenir vers une intrigue criminelle relativement classique.
C'est là que réside mon sentiment d'occasion manquée. Oddity semble constamment promettre un monde plus vaste que celui qu'il montre réellement. Le spectateur est invité à regarder derrière une porte qui ne s'ouvre jamais complètement. L'univers paraît riche, mais reste à l'état d'ébauche.
Le film n'est pas mauvais. Au contraire, il est sérieux, honnête, bien interprété et visuellement soigné. Le manoir est crédible, la photographie est élégante, la musique accompagne efficacement le récit et la mise en scène fait preuve d'une réelle maîtrise.
Mais au terme du visionnage, il me reste surtout le souvenir d'un potentiel inexploité. Les meilleures idées du film sont précisément celles qui demeurent les moins développées. Là où j'espérais découvrir un véritable univers de curiosités surnaturelles, je me suis retrouvé devant une enquête de meurtre finalement assez conventionnelle.
Paradoxalement, le film s'appelle Oddity, mais il ne s'intéresse jamais suffisamment à ses propres « oddities ». Les bizarreries qu'il met en scène sont celles dont on se souvient le plus, mais aussi celles qu'il explore le moins.
J'ai regardé le film avec intérêt, sans jamais vraiment m'ennuyer, mais sans jamais être totalement emporté non plus. Quelques jours après la projection, je me souviens davantage de ce que le film aurait pu devenir que de ce qu'il est réellement.
Un film atmosphérique et maîtrisé, porté par une excellente actrice et quelques idées visuelles fortes, mais qui ne développe jamais assez son univers pour devenir véritablement mémorable.