À l'instar d'un article pour un journaliste, le travail d'un metteur en scène commence avec cette question toute simple : quel est l'angle ?
Le problème posé, il convient de faire une rétrospective de ce qui a déjà été fait en la matière. Quand il s'est attaqué au destin (réel) de Katharine Gun (employée des renseignements britanniques) Gavin Hood savait qu'il passait derrière pas mal de monde. Et du très beau monde. Dans le domaine thriller parano à base de complots et mensonges, on trouve Alan J. Pakula (Les Hommes du président), Oliver Stone (JFK, Snowden) ou plus récemment Steven Spielberg (Pentagon Papers).
Bref, prendre la suite de telles références (que son film cite à plusieurs reprises) impliquait une autre approche pour leur faire honneur. Il y en avait trois possibles pour Official Secrets : l'angle intimiste, l'enquête journalistique, ou le réquisitoire juridique. Hélas, le film ne choisit jamais. Tricéphale, la narration se divise donc en plusieurs sections qui séparément auraient pu donner un film plus abouti qu'intégrées les unes aux autres. Le résultat se révèle donc informatif, hautement engagé, mais lourdement handicapé quand on l'aborde sous l'angle du cinéma.
Le rythme peut être raisonnablement fluide, difficile de s'immerger dans les dilemmes moraux qui assaillent les protagonistes. Ils sont soit traités sans grand inventivité (Keira Knightley, Ralph Fiennes), soit délaissés à mi-parcours (Matt Smith). C'est fort dommage car le film a le mérite d'englober les problématiques soulevées par ce type de scandale. La privatisation des services de renseignements bien sûr, mais également cette propension à mélanger secret et mensonge. Puis enfin cette hypocrisie généralisée qui confond traîtrise et héroïsme, bien commun avec intérêts particuliers.
Tout cela, Official Secrets le comprend et sait le rendre intelligible. Ce qui rend le propos nécessaire, à une époque où les lanceurs d'alertes font toujours l'objet de poursuites judiciaires. Mais le film manque cruellement d'une structure solide et de vrais moments de tension comme le genre a pu en offrir. Ils sont ici en berne, malgré une interprétation de qualité, et l'ensemble reste feutré. Un sentiment qui prend tout son sens lors de la seule séquence supposée avoir lieu en Irak, mais qui semble à l'évidence tournée d'une usine désaffectée anglaise.
À défaut de parvenir à livrer une nouvelle référence sur le genre, le film de Gavin Hood a le bon sens de rappeler que si la trahison peut être institutionnelle, le courage lui est universel.