Sur sa fin de vie, un documentariste renommé (Richard Gere ) accorde une interview définitive à quelques anciens élèves. La démarche de cette ultime confession filmée est de dire toute la vérité sur ce qu’a été sa vie, sous les yeux de sa dernière épouse (Uma Thurman).
On retrouve dans «Oh Canada» tous les thèmes récurrents de Schrader : les omissions et les vérités, la condition de la mortalité du corps-enveloppe et la spiritualité.
Ami-es cinéphiles souvenez-vous, en 1980, Schrader filme Richard Gere dans «American gigolo». Son personnage est libre, indépendant et beau. Profession : il monnaie sa belle gueule auprès des femmes esseulées et riches. Le thème d’«American gigolo» est le corps-outil dans toute sa liberté et sa splendeur. En 2024 Schrader retrouve Richard Gere pour boucler la boucle. Mais ici Richard Gere incarne un artiste qui va mourir. Celui-ci est en décrépitude. Il n’est ni libre, ni indépendant, ni beau. En retraçant ainsi l’histoire et la finitude d’un corps, on sent l’auto-projection que le vieux cinéaste pourrait faire de lui-même. Car oui, «Oh Canada» est une oeuvre crépusculaire.
Auto-projection, certainement - mais cette impression ne me quitte pas : au final on dirait que Paul Schrader esquive carrément le sujet de la mort frontale avec son personnage principal. Richard Gere en train de s’éteindre dans son lit, Schrader s’en fout presque un peu. Le réalisateur témoigne de beaucoup plus d’inspiration dès lors qu’il filme Jacob Elordi (Gere en jeune). Gere en train de mourir - on y croit (presque) jamais. Ce film parle de la disparition du corps, mais le gros gros gros problème c’est que l’on ne sent pas du tout la décrépitude de ce corps à l’écran, car je trouve que c’est un film qui manque terriblement d’incarnation. On dirait que Schrader n’a pas osé filmer la mort en face, le corps qui s’écroule, alors que c’est l’idée principale dans le film !
Oui, ce film m’a questionné à la sortie,.. mais pas forcément dans le bon sens. En fait j’ai vraiment des difficultés à rassembler les morceaux. Les ellipses temporelles s’enchaînent de manière assez bordélique, on passe à du noir & blanc sans vraiment comprendre pourquoi, la mise en scène (déjà mollassonne) est désordonnée, les multiples flashbacks sont cafouilleux et indistincts,... Les adorateurs de Schrader me rétorqueront que «oui mais c’est normal Maxou, le personnage raconte ça comme ça parce qu’il perd la boule»... Oui merci, mais pour ma part, je ne sais pas trop ce que j’ai vu. Je peux aimer l’idée que l’on soit perdus dans le récit, seulement voilà, à chaque fois que je croyais discerner une pièce du puzzle, un signe révélateur, une forme d’indice, j’étais dépité, échaudé, frustré - voire désappointé - par le discours de fond. Ce brouillard permanent m’a complètement empêché de m’impliquer dans le film.
Voilà, «Oh, Canada» rejoint la liste des Paul Schrader pas foufous. Un peu niais dans son final, manquant gravement de contextualisation du travail et de caractérisation de son personnage, limitant ses deux stars-phares à une phrase-clé chacune, certainement trop long, «Oh, Canada» fut pour moi une amère déception.
Je suis très triste, car Schrader nous présente ce qui est probablement sa dernière œuvre.