Il y a quelque chose de surréaliste à voir Dario Moreno en chemise de nuit, interprétant une chanson dans sa cuisine, prenant une casserole en guise de guitare, s'allongeant dans l'évier...
Vous pensiez avoir vu les comédies musicales les plus navrantes, qu'elles soit françaises ("Alive", "Bouge!"...) ou américaines ("CrossRoads", "Spiceworld") ?
Vous ne vous êtes jamais demandés ce qu'elles deviendront ?
Elles suivront peut-être le parcours de "Oh que Mambo". Dans une cinquantaine d'année, une bande de cinéphiles déviants les exhumeront du placard où elles auront pris la poussière. On leur trouvera un charme suranné, avec des téléphones portables qui pèsent 3 kg, des intrigues totalement foutraques, et des ex-stars entrées dans un anonymat plus ou moins prononcé...
"Oh ! Que Mambo" réunit un peu tous ces défauts (ou ces qualités, à vous de voir)... Il s'appuie sur un Dario Moreno au top de sa popularité, en ces temps d'opérette triomphante.
L'intrigue est aussi mince que Kate Moss après un régime : Dario Moreno (Miguel) est un commis de banque. Son Directeur (qui pique dans la caisse) tente de lui faire porter le chapeau d'un braquage (raté, par ailleurs). Dario Moreno part noyer son chagrin dans un cabaret et se retrouve sur scène par un concours de circonstances. Il devient une vedette. Happy end.
Le scénario est un prétexte à un défilé de chansons (que du mambo, il faut aimer) et de gags... inégaux. La bonne surprise, c'est un trio Carmet - Poiret - Serrault, qui jouent respectivement un braqueur bègue (!) et un duo d'inspecteurs. Ils font rire au 1er degré. Le reste du casting va du passable au mauvais, avec une succession de gags tarte à la crème.
Dario Moreno, au cœur du film, en fait des tonnes dans le registre du gros pas très malin qui subit tous ses déboires en se plaignant, tout au long du film, sans comprendre ce qui lui arrive. Pas drôle en soit, mais assez réjouissant au second degré.
Réalisé par John Berry, réalisateur américain étiqueté à gauche qui avait fui le maccarthysme, "oh ! que mambo" conserve une mise en scène honnête. Ça fleure bon le film de studio des années 50, l'accessoiriste et le décorateur ont eu les moyens de bosser sérieusement.
Faut-il conseiller "Oh ! que Mambo" ? Pas à tout le monde. Il faut avoir une certaine tendresse pour les comédies françaises d'avant "La grande vadrouille" (1966). Comme d'habitude avec ces nanars sur le fil du rasoir, ça passe mieux en groupe : on peut persifler à haute voix et rire du film (et non pas avec le film).