En abordant ces thématiques, le recours à la fable pour atteindre le tout-public n'est pas une mauvaise idée en soi. À condition de ne pas jouer dans l'entre-deux. Trop terre-à-terre pour une fable, trop bancal pour une satire réaliste, on ne sait plus de quelle manière rentrer dans le film.
De fait, assez vite dans le visionnage, mon côté cartésien s'est mis en marche et là, ce fut le drame.
Le scénario est une arnaque complète ! Il y a certaines choses que même le genre fantastique ne pardonne pas, quand même. Des règles de bon sens universelles. Le minimum, quoi !
- Partons du scénario dans son essence… Que l'on m'explique en quoi véhiculer l'image du plus joli des cochons OGM serait une stratégie gagnante pour Mirando ?! On parle quand même d'une stratégie censée aider le consommateur à bouffer du super cochon. Aujourd'hui, les industries alimentaires cherchent au contraire à dissocier l'animal de la viande dans la perception des consommateurs. Mettre l'animal en avant, c'est rappeler que le carnien est un criminel.
- Qu'on me donne le sens également de la stratégie finale de Mirando, portée par la sœur CEO : tuer tous les supers cochons d'un coup d'un seul. Ne même pas garder certains spécimens reproducteurs, comme Okja, pour assurer la pérénité de l'industrie. Et donc inonder le marché de viande de super cochon et pour un temps limite. Pas très "business", comme démarche !
- Ensuite, ce plan de ALF infaillible qui mettrait fin aux activités de Mirando… C'était plutôt présomptueux, comme hypothèse. Si Mirando est vraiment la transposition de Monsanto, nous n'avons tout de même pas affaire ici à un colosse au pied d'argile. D'autant plus quand on voit à quel point le plan "infaillible" était scabreux, à l'image de la portée de la transmission vidéo depuis Okja qui aurait pu être insuffisante, étant donné qu'ils n'ont pas l'air de se poser la question avant situation réelle.
- La rencontre surréaliste dans l'abbatoir. La sœur CEO avait rationnellement autant de raisons d'être à cet endroit à ce moment-là que Kim Jong-Un de jouer aux cartes avec moi en ce moment précis.
- Remarque purement marketing : pourquoi appeler cet animal un "super cochon" ? Outre la ressemblance à l'hippopotame, c'est quand même se priver d'un marché potentiel de 1,6 milliards de musulmans que d'appeler ça un "cochon"…
- Le film est rempli d'autres détails qui ne font pas sens pour lesquels j'avais ébauché une liste, mais je me tairrai finalement, selon l'hypothèse où la fable permet tout de même certains écarts.
Du coup voilà, Bong Joon-ho, je n'arrive officiellement pas à rentrer dans vos univers. Le Transperceneige m'avait donné la même impression, sinon pire.
En l'occurence, je suis surtout déçu que vous ayez largement sous-estimé les travers du marketing au XXIe siècle et son utilisation par l'industrie alimentaire. Déçu du parti pris d'introduire des animaux mignons pour créer l'empathie et se rallier à la cause animale (n'est-ce pas passer totalement à côté du débat de fond ?). Déçu enfin d'entendre que les écolos/végétariens/végans détiennent enfin LEUR film. Celui qui aura éveillé un peu plus les consciences des gens.
Non ! Trop aseptisé. À quand un vrai film coup de poing ?!?