Une histoire de vengeance, vraiment ?


Park Chan-wook, délivre ici l'un des films les plus radicaux jamais vus, qui déroule une trame dont les noeuds tordus plongent le spectateur dans une histoire aux frontières de la folie psychiatrique, avant de se dévoiler dans une révélation dont l'effet qu'elle procure sur notre empathie envers le personnage principal, nous uppercut et nous assomme, remettant toute cette empathie patiemment construite dans un crescendo halluciné en cause.


Oh Dae-Su est un homme qu'à priori rien ne distingue d'un autre homme banal, un soir de beuverie il est kidnappé et se retrouve enfermé dans une chambre, dont l'unique fenêtre sur l'extérieur est une télévision, pendant quinze années il vivra là, sans réponses, sans contacts humains, drogué et soumis à une mise en condition psychologique qui dévoilera son objectif plus tard.


Un jour, hypnotisé il se réveille dehors, libéré sans d'avantage d'explications, ne pouvant se confier à la police ou à des proches, car durant sa captivité sa femme a été assassinée et en raison d'indices trouvés sur place, la police a conclus en sa culpabilité et en sa disparition volontaire, c'est à un suicidaire qu'il raconte son histoire, certain que le dessein de celui-ci empêchera une diffusion non souhaitée de cette dernière.


Oh Dae-Su veut à tout prix comprendre et retrouver celui qui l'a fait enfermer toutes ces années et qui l'a fait accuser du meurtre de sa femme, et qui l'a éloigné de sa fille, âgée de cinq ans au moment de son rapt. Quelques souvenirs d'ordre sensoriels sont ses seuls indices, pourtant une rencontre dans un restaurant avec une jeune femme, lui apportera une complicité et un socle relationnel qui l'aideront à démonter cette machination. Il sera aussi contacté par son ravisseur, qui l'invite à se poser la question de la raison d'un tel traitement et de le contacter quand il aurait compris.


Bien vite il identifie ses geôliers, une confrérie illicite qui comme les tueurs à gages pratiquent les assassinats sur contrats payés, pratique l'emprisonnement à la demande de privés contre rétribution.


Jouant sur un scénario et une écriture d'une rare maîtrise, nous sommes guidés dans cette quête de vengeance, de révélations en mystères épaissis, de clefs menant vers des portes ne donnant sur rien en manipulations sournoises, nous découvrons alors que toutes ces tortures et ces conditionnements psychologiques qu'a subi Dae-Su et qui lui crient sa soif de vengeance sont eux mêmes un plan visant à se venger de lui pour quelque chose qu'il a fait il y a longtemps et qui a poussé son tortionnaire à un fabuleux sentiment de haine envers lui.


Je vous laisse le soin de découvrir de quoi il est question.


Jonglant habilement avec les codes du thriller, avec ceux du film de vengeance, citant également le roman graphique et le jeu vidéo dans sa mise en scène, Old Boy est un petit bijou de techniques cinématographiques au service d'un scénario et d'une écriture intelligents. Les cadrages, les mouvements de caméra, des idées d'une classe et d'une pertinence rare, la scène où les souvenirs sont incarnés par un Dae-Su jeune poursuivi par le Dae-Su du présent est une merveille d'inventivité, un montage qui alterne dynamisme et moments de temporalités suspendus, une saturation vers des verts font de ce film une expérience cinéphile rare et précieuse.


Il reste cependant une oeuvre au ton, au propos et au parti pris qui plonge dans une contrée malsaine, qui pourra rebuter un public non averti ou sensible à certains tabous, un film que je ne conseillerai pas à tout le monde, mais qui n'en demeure pas moins une totale réussite et un plaisir de cinéphile.

En revanche je vous déconseille avec la plus grande force, le remake honteux qu'en a fait Spike Lee qui est d'une vulgarité assez navrante là où l'original réussissait à rester sur le fil, là où il provoque la copie donne la nausée.

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