Le ollie, c'est la figure de base du skate, celle par qui tout commence : la sensation de quitter le sol, de voler, de ne plus appartenir à ce monde... On comprend mieux que le film Ollie s'inspire de ce sentiment de tout vouloir mettre en l'air (et risquer de chuter ensuite, mais essayer au moins, et profiter des quelques secondes où l'on oublie tout), quand on voit combien ses personnages perdus et ultra-attachants nous ont touché. Théo Christine, ce prodige français qui monte sans faire de bruit (Supremes, Vermines, Vivre Mourir Renaître : trois très bons films, et Ollie est encore un coup de maître de l'acteur), donne du cœur à ce rôle de ce "clochard paumé, qui adore les chiens car seuls ces derniers ne le jugent pas, et a énormément d'amitié à revendre", et Kristen Billon (le jeune skateur de Quand tu seras grand) est l'autre atout imparable de ce drame humain qui fait sourire, émeut, et emporte notre adhésion pour ses personnages (plusieurs murmures outrés - dont le nôtre - quand le petit
prend un coup de pied violent en plein visage, et que l'on doute même qu'il vive encore...
Vraiment, on a vécu le film). Si vous êtes skateur, le film vous rincera l’œil avec des figures que le commun des mortels regarde avec envie et respect (sans se faire d'illusion sur le fait que cela se finirait par un gadin monstrueux pour eux-même), et si vous êtes un brin philosophe, vous aurez le "symbole du chien blanc" à décrypter (le réalisateur s'en amuse beaucoup, car c'est LA question qui revient à absolument tous les questions-réponses). On vous le donne en mille : ce chien blanc
est l'ange gardien, la conscience endeuillée de Bertrand quant à son petit frère décédé, qui le suit partout jusqu'à en crever le jour où ce dernier touche le fond, pour lui faire saisir qu'il est allé trop loin, et a maintenant besoin qu'on l'aide (l'enchainement avec la réconciliation de la mère de Bertrand nous a serré la gorge :
le film est vraiment bien monté). La musique est quant à elle une astuce du réalisateur : si vous vous attendiez à du punk californien (un mouvement de musique fortement influencé - pour ne pas dire créé - pour la jeunesse à skate américaine qui voulait du rock plus rapide et agressif à la fois : The Offspring, Bad Religion, MxPx...), Antoine Besse a contourné soigneusement le cliché (évitant par là même de donner l'impression d'un clip MTV lors des scènes de skate), aussi vous pourrez profiter de musiques beaucoup plus populaires et calmes, qui collent très bien aux scènes. On ressort de Ollie avec une tendresse infinie pour le binôme de personnages principaux, excellemment joués par deux acteurs brillants, portés par une histoire positive (peu importe la chute, l'important est de se relever, et de ne pas hésiter à prendre les mains tendues pour cela), et dont on espère plus que franchement que le bouche-à-oreille lui accorde un petit succès. Un très beau film, qui passe comme sur des roulettes.