Faussement désabusé : voilà comment est l’Homme chez Kaurismäki. Moins Nouvelle Vague que son Calamari Union, c’est un film identique quoique moins étendu (même blasement, mêmes échappatoires dans le divertissement, même obsession pour la langue anglaise & l’Estonie), mais les valeurs de cette nouvelle œuvre ne sont pas là : elle décortique quelques quotidiens sous des angles davantage individuels dont l’écho n’est pas comparable.
En fait, c’était plutôt ambitieux de faire cette translation de l’action sociale, chère à Kaurismäki, vers le ressenti individuel. Qu’à cela ne tienne : pour lui, l’individu n’existe pas en lui-même, puisqu’il n’a de sens que dans son cadre social. Alors si on le regarde de près, tout ce qu’on voit est un zombie amorphe qui ne s’exprime que par gestes : votre écran n’est pas déréglé, c’est normal !
En effet, c’est autant par le finnois que par le langage corporel que les personnages se font connaître, comme si leurs personnalités réprimées étaient obligées de communiquer en code. Ce qui semble manquer au prolétariat de Kaurismäki, c’est une pression sociale, quelque chose qui justifierait le vide laissé dans l’existence finnoise par la déchirure entre Europe & ex-URSS : on avale des nuages de fumée comme si l’on jalousait l’air lourd des uns & l’on mimétise les codes sociaux slaves pour se donner une contenance. Mais l’identité finlandaise est ailleurs.
Sous le regard de Kaurismäki, la Finlande est immature (l’individu – reflet de son cadre social, nèspa – vole de l’argent à son jeune enfant comme si le pays dérobait son identité à son propre avenir) comme une nation qui ne sait pas qu’elle est jeune. En bon parent, Kaurismäki ne le lui dit pas : il lui fait comprendre. Du moins, il essaye.
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