Soyons clair, la première fois que j'ai vu ce film, j'avais trouvé ce film creux, artificiel et n'avais globalement pas apprécié du tout.
Mais là, grâce à mon épouse qui m'a bien aidé à décrypter certains points ou certains personnages, j'ai peut-être décelé quelques zones d'intérêt. Est-ce que cela sera suffisant pour atteindre, voire même dépasser, la barre fatidique du 5 ?
Essayons déjà de résumer ce film et son principe de construction. Divers personnages parisiens plus ou moins liés mais se connaissant tous, ne cessent de se croiser, de se jauger ou de se juger.
Mais souvent ces jugements, ces opinions sont difficilement exprimables. Resnais a choisi de les remplacer par des chansons, chantées en play-back, qui furent de grands succès populaires. Ces chansons sont choisies en fonction du contexte et prolongent en quelque sorte le propos de l'acteur.
C'est déjà, pour ce qui me concerne, une première difficulté car je n'apprécie guère (euphémisme) certains de ces chanteurs (Claude François, Sylvie Vartan, Sheila, Sardou …) qui n'ont jamais constitué ma tasse de thé … Mais, c'est vrai qu'en ne s'intéressant qu'aux paroles et à leur intégration aux dialogues, la chanson ou parfois le bout de chanson apporte du sens au personnage et à son comportement. Ou encore, elle apporte une touche d'ironie voire de férocité en appuyant, par exemple, la lâcheté d'un tel qui n'ose pas avouer à sa femme qu'il veut la quitter.
La deuxième difficulté que je rencontrais c'était l'infinie vacuité de l'existence de tous ces bobos parisiens qui semblent n'être que dans l'apparence, dans l'artificiel, dans le jugement hâtif. L'impression que me donnaient tous ces personnages, c'était leur vraie solitude masquée par cet entregent très parisien, par ces dialogues vains sur des questions vaines dans des soirées ou réceptions vaines. Comme par exemple, cet hypocondriaque de Jean-Pierre Bacri qui ne cesse de consulter divers médecins, évidemment tous en contradiction l'un l'autre sauf pour lui dire qu'il n'a probablement rien.
Et puis, là encore, on peut avoir une lecture différente car derrière cette vacuité, il y a aussi de vraies questions, de vrais problèmes.
Pour reprendre l'exemple de JP Bacri, sa crainte d'une maladie cache en fait autre chose de bien plus grave. Son indécision pour organiser l'arrivée de sa famille à Paris qu'on voit à travers sa recherche sans fin d'un appartement. Et il en est de même pour tous les personnages qui n'arrivent pas à fixer un objectif clair ou qui ne sont pas sûrs de la direction à prendre dans leur vie ou qui ne parviennent pas à établir un lien de confiance. Des personnages qui sont toujours dans le consensus mou.
Spoiler : Le pire étant que ces relations faussement amicales peuvent même cacher de vraies malhonnêtetés.
Pour conclure par une interrogation, comment interpréter ces méduses en filigrane qui apparaissent de plus en plus nombreuses au fur et à mesure de l'avancement du film.
On sait bien que Méduse avait la propriété de pétrifier quiconque croisait son regard, qu'elle était capable d'influer le cours du Destin … Mais là, que veut dire Resnais ? Veut-il montrer que l'apparence, l'artificiel ne peuvent fonctionner qu'un certain temps. Mais qu'un jour, il faut bien se résoudre à voir tomber les masques laissant apparaître la réalité sordide de la vie, la réalité des vrais sentiments.