C’est déjà le 6ème film de ce M. Lafleur que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Il faut dire que le cinéma québecois, à part la percée de Dolan, peine à se frayer un chemin vers nos contrées. Il a pourtant souvent des projets singuliers à proposer, dont celui-ci donc. Et puis franchement, pour l’esprit ouvert, l’accent n’est un problème que pendant les 10 premières minutes.
Alors qu’une mission spatiale est envoyée sur Mars pour la première fois avec cinq personnes à bord, un groupe de cinq quidams est choisi pour vivre cette aventure sur Terre, comme si ces gens étaient chacun des cinq astronautes partis aux confins de l’espace. Nos personnages ont été choisis pour leur proximité psychologique avec les aventuriers de l’espace et ils sont censés trouver des solutions aux problèmes interpersonnels qui pourraient subvenir à bord de la vraie navette spatiale.
Le space opera mis à part, le film spatial est souvent un huis clos du fait de l’impossibilité d’aller faire un footing dehors ou de se boire une bière sur le perron de la station. Avec des codes différents, il se rapprochera alors du film carcéral en ce sens qu’un personnage se voit enfermé avec un autre personnage qu’il n’a pas choisi. Oui oui, c’est bien de la pièce de Sartre dont je vous parle. Ainsi, nous tenons là le premier ressort du film. Nos cinq personnages cloîtrés dans une fausse station spatiale vont devoir se supporter et on sait à quel point le blabla d’avant le café est insupportable, et c’est sans parler de celui qui fait gicler des gouttes de café sur le plan de travail de la cuisine quand il met son sucre et qui ne nettoie pas derrière lui. Mieux, ils vont devoir réagir comme réagirait leur alter-égo de l’espace et trouver des solutions pour gérer le ressentiment et la frustration, la répulsion et l’attirance. L’autre ressort est celui de la comédie loufoque voire absurde alors que tout est faux dans cette station terrienne et que nos acteurs jouent des acteurs avec plus ou moins de conviction. Le film multiplie les scènes baroques dans un décor suranné, comme autant de parodies des grands succès de la SF plus ou moins hard. Tout ça est à la fois très drôle par moment, souvent inattendu, et ça sait jouer avec les émotions à mesure que l’on apprend à connaître les personnages ou leur persona et qu’on apprend à les aimer. Et tout ça en entretenant un suspens lent mais efficace. L’interprétation est au poil et encore une fois, l’accent est une difficulté très temporaire. L’esthétique du projet, du plus bel effet, fait du film un objet difficile à dater, lorgnant sur les années 1970.
En bref, belle découverte que ce film atypique et plein de drôlerie. Ça donne furieusement envie de voir ce que ce Lafleur peut proposer d’autre.
>>> La scène qu’on retiendra ? Les quelques retournements de situation vers la fin du film. Ils sont fins, discrets et néanmoins surprenants. Bien joué !