On ira
6.7
On ira

Film de Enya Baroux (2025)

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Un road-movie solaire entre rires et larmes

Dans la famille Baroux, demandez la fille Enya, une Bonne Pioche Cinéma ! (une des sociétés de production du film). Pour son tout premier long-métrage, Enya nous offre une comédie dramatique sur l'accompagnement à la fin de vie et les choix qu'on peut être amené à faire, inspiré de l'expérience qu'elle a vécue avec sa grand-mère, dont elle était très proche, et qui a terriblement souffert durant ses derniers jours, mais en évitant le film trop autobiographique. Contrairement aux films précédents sur ce thème, en général sérieux et tristes (Quelques heures de printemps de Christophe Brizé en 2012 avec déjà Hélène Vincent, ou les plus récents Tout s'est bien passé de François Ozon en 2021, De son vivant d'Emmanuelle Bercot en 2021 et bien sûr La chambre d'à côté de Pedro Almodovar en 2024), la réalisatrice opte ici pour une approche pour le moins décalée, voire à contre-pied, en choisissant un ton cocasse pour aborder la mort avec légèreté, un pari quand on sait la mauvaise image des comédies dans le cinéma d'aujourd'hui. Elle adopte ainsi la célèbre citation de Beaumarchais dans le Barbier de Seville : "Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer".

Un road-movie lumineux où l'on prend le temps de se dire la vérité

Pour assurer l'efficacité de cette comédie douce-amère, Enya Baroux brosse le portrait d'une famille aux compartiments caricaturaux, aux accents pieds nickelés, néanmoins vrais et ordinaires, dans lesquels on peut en partie se reconnaître.

Marie (campée par une excellente Hélène Vincent, pudique et touchante), cette grand-mère qui se sait atteinte d'une maladie incurable, est bien décidée à partir en Suisse pour "bénéficier" d'un suicide assisté. Devant l'impossibilité de le dire à son fils Bruno complètement irresponsable (David Alaya parfait dans ce rôle), Marie met dans la confidence Rudy, un auxiliaire de vie désabusé et au caractère marginal, rencontré par hasard, rôle interprété par Pierre Lottin, cet acteur décalé, drôle et apportant un grain de folie jouissif. Acculée au mensonge à sa famille, elle invente la nécessité d'un voyage en Suisse pour récupérer un héritage de son mari disparu, aventure dans laquelle se précipite Bruno, criblé de dettes et embarquant sa fille Anna, en pleine crise d'adolescence. Elle est jouée par la jeune actrice Juliette Gasquet, castée pour le film, on la sent de plus en plus à l'aise et attendrissante au fil du film et de son rapprochement avec sa grand-mère. On ne peut pas s'empêcher de penser à la réalisatrice elle-même sous les traits d'Anna.

Dans une inspiration à la Little Miss Sunshine (de John Dayton et Valerie Faris en 2006), les quatre larrons partent ainsi dans un road-movie trépidant avec le vieux camping-car familial. Pour soutenir l'intérêt du voyage de Marie, la réalisatrice écrit un scénario palpitant et drôle (en collaboration avec Martin Darondeau et Philippe barrière), fondé habilement sur des quiproquos en chaînes et des révélations progressives. Elles permettent aux personnages de se découvrir vraiment, de resserrer des liens distendus, d'autant plus émouvants, sensibles et profonds que la vérité s'impose progressivement à eux, et que le voyage de Marie touche à sa fin. Même si le ton est souvent délirant, il ne manque pas de justesse. Pour mieux embarquer le spectateur dans l'intimité et les mouvements des personnages, la réalisatrice opte volontiers et avec efficacité pour la caméra à l'épaule.

La musique entraînante et pop avec instruments à corde contribue à l'humanité touchante du film, mais sans pathos; le thème récurrent de la chanson Voyage Voyage de Desireless achève de nous embarquer dans un road-movie certes improbable mais rempli de tendresse.

Au bout du compte, le pari est-il réussi ?

Bien entendu, chaque spectateur aura sa réponse à cette question, et on peut aimer ou non certains gags un peu limites.

Mais retenons surtout la belle déclaration de Juliette Gasquet : "Je n'avais jamais vu une comédie dramatique aussi profonde et intelligente où l'on se surprend à voir couler des larmes sur les sourires". En visionnant le film, je ne me doutais pas à quelle point ce serait vrai.

Et quel plus bel hommage peut-on décerner à ce formidable premier film d'Enya Baroux sur un thème qui lui est cher et qui nous bouleverse tous ?

Ma critique complète est à découvrir sur le Mag du Ciné :

https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/on-ira-film-enya-baroux-avis-10074726/


Créée

le 15 mars 2025

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Azur-Uno

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