Il y a des histoires qui commencent souvent bien avant le film. Pour celui-ci, il faut remonter 50 ans en arrière quand, en clôture des années soixante, le petit Quentin (Tarantino) apprend le meurtre de la jeune actrice Sharon Tate et ses amis par 3 assassins issus de la Manson Family. Les pensées qui se bousculent à ce moment dans la caboche rêveuse du gamin se heurtent soudainement à une société américaine pétrie d’injustices et de violence.


Habité depuis lors par une sorte d’instinct de super héros, Quentin choisit très vite son costume : réalisateur. Et son super pouvoir : il sera celui capable d’encapsuler la vengeance sur pellicule et d’en faire des chefs-d’œuvre du cinéma de genre. Il réveillera les spectateurs nourris aux pop-corn movies des années 80 à coup de dialogues bien ciselés, et rendra justice à toutes les minorités à travers des héros charismatiques et déterminés.


En passant, il raflera une Palme d’Or et tournera avec les meilleurs. Réalisateur accompli au parcours quasi sans faute, ses films fascineront les foules pendant 25 ans, quoi qu’en disent les critiques pour qui le plébiscite reste trop exagéré au regard d’un parti pris souvent gore et vulgaire. Mais qu’importe, Quentin continue de rendre justice en 35 mm, et il aime ça ! En 2019, il retrace tout ça dans Once Upon a Time in Hollywood.



HISTOIRE D’UNE ÉPOQUE DÉCHUE



Hollywood, 1969. Année charnière à la croisée des sixties et des seventies, à l’heure où l’Amérique, empêtrée dans la Guerre du Vietnam, confuse et drapée dans la désillusion du rêve hippie se réfugie dans les bras du cinéma hollywoodien, plus égoïste, mais surtout plus facile et plus rassurant. C’est dans ce Los Angeles à la sauce western que l’ami Quentin a décidé de planter ses caméras. Pour y faire l’autopsie d’une époque à travers les yeux de Rick Dalton et Cliff Booth, acteur vedette et son cascadeur tous deux sur le déclin. Rongés à l’idée de se faire doubler par la jeune génération de talents, et dépassés par un monde culturel qui accélère sans eux.


Une intrigue très éloignée de la filmographie Tarantino. Oui, en filigrane seulement. Car si on creuse, on y retrouve les thématiques chères au cinéaste assorties de son style unique de mise en scène. On y trouve également des références à toute sa filmographie, de Kill Bill à Inglourious Basterds en passant par Boulevard de la mort. Ici pas question de se perdre, les repères sont intacts. On y trouve même deux habitués de la maison : Leonardo et Brad, dont il serait inutile de vanter le talent tant il est évident ici comme ailleurs.


On regrettera quand même les habituels plans-séquences sous tension troqués ici contre un mode de tournage plus dynamique, plus pressé. Peut-être pour compenser le manque de rebondissements dans un récit assez plan-plan devant lequel les non-initiés se demanderont où le cinéaste veut en venir. Mais rassurez-vous chez l’ami Quentin, une longue exposition cache bien souvent un dénouement explosif où se rejoignent toutes les briques du récit.



DOUCEUR CINÉPHILE



Sorti de là et puis, disons-le, en dépit de longueurs un peu cuisantes, de quelques passages superflus et d’un léger problème de rythme, Once Upon a Time in Hollywood reste une gourmandise cinéphile et une saveur retrouvée pour tous les familiers de l’univers Tarantino. Là où le film prend un chemin différent de ses prédécesseurs, c’est à travers un récit à la fois plus sombre et plus tranquille, rangé dans l’ordre chronologique, pour une fois. C’est aussi de la façon la plus étrange qui soit l’un des films les plus western de Tarantino sans en être un. A la sortie, on troque pour la première fois une espèce de frénésie vengeresse contre une quiétude mélancolique. Bref, ça change, et c’est franchement pas mal.


La vérité c’est qu’il ne ressemble à aucun autre parce qu’il est en fait tous ceux-là à la fois, avec la vengeance comme poumon central de cette filmo de dingue. Once Upon a Time in Hollywood n’échappe donc pas à la règle et transpire comme une balade dans l’esprit déluré du réalisateur. Ce film, c’est le regard d’un cinéaste chevronné qui croise celui d’un petit garçon de 8 ans. C’est une déambulation, un requiem, un souvenir et une nouvelle déclaration d’amour au cinéma.

Maître-Kangourou
8

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Créée

le 24 oct. 2020

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