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le 26 janv. 2015
SuivreJe t'aime mélancolie ♪♫
L'immortalité est une plaie. Adam ne le sait que trop bien. Ce vampire reclus (et fan de bonne musique faut pas déconner), observe depuis des siècles la lente déliquescence du monde qui l'entoure...
Quelques notes de guitare, une narration assez simple et un couple de vampires amoureux qui errent sur Terre. A partir de ces simples ingrédients, Jarmusch nous cuisine une œuvre puissante et lancinante dans la droite lignée de son style. A défaut d'un récit riche et varié, le film est basé sur l'une des qualités premières de l'art cinématographique : la puissance de perception.
Dans Only Lovers Left Alive, Jarmusch filme l'errance de deux vampires épris d'un véritable amour mais qui, paradoxalement, ne sont pas heureux. Présents sur Terre depuis plusieurs siècles, ils se contentent de survivre dans un monde qui ne leur correspond plus. Auréolés d'une dimension biblique volontairement appuyée, les deux personnages sont un peu comme les deux faces d'une pièce : différentes mais inséparables. Il est complexe, elle est la clarté. Il joue, elle danse. Il raconte, elle écoute. Cette complémentarité est une alternative intéressante de l'histoire d'amour entre Adam et Eve. Le fait que les personnages dans le film soient assez différents vient proposer une autre dimension que celle purement biblique. Paradoxalement, Adam et Eve symbolisent un vieux couple et ne semblent pas les premiers mais les derniers de leur espèce. Ce n'est pas uniquement un homme qui aime une femme mais deux personnalités atypiques qui forment un couple intense. Cette intensité amoureuse est magnifiquement représentée à travers le silence des personnages lorsqu'ils sont seuls, prouvant qu'ils se connaissent tellement qu'ils n'ont plus besoin d'exprimer leurs sentiments l'un envers l'autre. Ces instants de compréhension sonnent comme une évidence, ils offrent une certaine suspension temporelle qui conduit à de beaux moments cinématographiques.
La mise en scène est le point fort du film. Lorsqu'un réalisateur mise volontairement plus sur l'aspect perceptif que le développement narratif, il faut un véritable talent pour arriver à dégager une atmosphère particulière et ne pas laisser le spectateur de côté. Et Jim Jarmusch y arrive brillamment, il retranscrit avec justesse ce que ressentent ses vampires errants sur une Terre qu'ils voient continuellement évoluer. Ils n'ont pas de véritable objectif et semblent condamnés à survivre pour l'éternité à la manière d'un vinyle qui tourne en boucle. La mise en scène est très poétique, tout à fait dans le style de Jarmusch : lorsque certaines magnifiques compositions rappellent Dead Man, certains effets visuels remémorent Ghost Dog. Cette association marche de façon relativement efficace et contribuent à une vision très personnelle du film.
La photographie vient proposer tout au long du film des nuances contrastées. Si la lumière vient répondre à la nuit et le blanc se marier subtilement avec le noir, certaines scènes sont délicieusement éclairées par des associations de jaune et de bleu, telle la scène du chant de la jeune libanaise. Cette scène vient démontrer qu'à part l'amour, il n'y a plus que la musique qui puisse encore émouvoir Adam. Only Lovers Left Alive est d'ailleurs un hommage à la musique. Le film est très personnel et cette passion des personnages pour la musique n'est pas sans rappeler celle de Jarmusch. La bande originale est une merveille, elle vient apporter une ambiance très lancinante par ses quelques accords de guitare. L'association de l'image et de la musique est l'un des plus grands savoir-faire du réalisateur, Only Lovers Left Alive étant dans la droite lignée de Dead Man de par sa narration plus spirituelle que rationnelle et sa bande originale très envoûtante.
L'aspect vampirique n'est pas si mal traité même s'il n'apporte rien de nouveau. Alors que l'on pouvait s'attendre à retrouver certains codes banales de cet univers fantastiques, ces derniers sont amenés de manière furtive et évitent de faire tomber le film dans une certaine lourdeur. Certains aspects sont même amenés de façon légère et comique, parce qu'apparemment chez Jarmusch un vampire peut posséder un Iphone et se faire des esquimaux sanguins.
Interprétés par un Tom Hiddleston et une Tilda Swinton tous les deux charismatiques, le couple Adam et Eve fonctionne très bien à l'écran. Mia Wasikowska est convaincante dans un rôle malheureusement un peu expéditif et qui aurait pu apparaître un peu plus tôt. Et enfin John Hurt est efficace dans ce qui doit probablement être son milliardième rôle.
Un point noir du film est la vision trop présente du réalisateur sur la société. On ressent ce dernier dans le personnage d'Adam à travers sa position marginale et en dehors du monde dans lequel il évolue. Jarmusch a toujours été en marge du système, il est l'un des représentant majeur du mouvement indépendant débuté à la fin des années 80 et Only Lovers Left Alive est dans cette lignée. Son univers est toujours emprunt de qualités artistiques innovantes. Il est presque dommage qu'il ne tente pas de rénover le genre fantastique comme il a pu faire avec le western ou le film de samouraï par exemple. Mais si les humains sont des zombies, pourquoi ne pas s'attaquer au genre Jim ?
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Créée
le 27 févr. 2014
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7
le 26 janv. 2015
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