« Les zombies, c’est nous ? » me demande mon ami en plein milieu de la séance… À croire que certains sont trop orgueilleux pour concevoir que la métaphore du zombie — être imaginaire dénué de raison, de sens et profondément destructeur — leur est adressée avec pertinence !
Je ne m’attarderai pas à développer l’idée d’une relative décadence de l’humanité que je partage avec le réalisateur, car ce sujet, complexe, est uniquement la toile de fond du film, dépeinte par le postulat que l’équilibre de l’humanité est arrivé à un point de non retour. Heureusement, Jarmusch traite du sujet avec subtilité, loin du rétrograde primaire beuglant : « c’était mieux avant ! ». Jamais le film ne tombe dans la moralisation fatigante et inutile.
Il est vrai qu’on peut admettre — sans avoir vécu quatre cents ans ! — que le monde s’enlise dans des problèmes sociétales, écologiques, qui, chaque jour, semble de plus en plus compliqués à résoudre… Nous humains, vivons une petite période de temps, même pas le dixième de la vie d’un chêne, alors nous acceptons notre condition, on fait avec comme on dit ; en général, on ne fait pas mieux, du moins on essaye de ne pas faire pire… Mais si nous vivions plusieurs siècles ? Comment ferions-nous pour supporter cette lente et douloureuse chute ?

Contraste merveilleusement avec la sinistrose ambiante du film, la magnifique histoire d’amour d’Ève et d’Adam. Le film pourrait se résumer à ça : l’histoire de deux êtres qui s’aiment, dans un triste monde, d’un amour inconditionnel…
Beaucoup ont dû s’ennuyer, car il est vrai qu’on est très loin du film au scénario haletant et de sa musique tambourinant !
Sans vouloir passer pour un vampire snobinard, je remercie gracieusement Jim ! Merci de cette lenteur mesurée qu’on a trop tendance à perdre dans le cinéma ; merci de cette bande-son extraordinaire ; merci pour ce travail de perfectionniste qui fait de chaque plan un tableau… Et surtout merci pour l’espoir !

Poétique, noir, intelligent, le tout sur une musique enivrante, Only lovers left alive satisfera l’esthète rockeur que vous êtes !
Antoine_CRSP
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le 12 mars 2014

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Antoine CRSP

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