La phrase de fin du film permet au moins de nous éclairer sur l'inutilité profonde de celui-ci. La simplification à outrance de la pensée orwellienne annihile son universalisme, sa complexité, son intelligence, pour ne laisser place qu'à une succession de portes ouvertes enfoncées à coup d'IA malvenue. Aussi, tenter d'inscrire les propos intemporels d'Orwell dans des évènements contemporains rend le film intrinsèquement obsolète (que ce soit les attaques états-uniennes de 2026 ou les progrès photoréalistes des modèles de génération de vidéo par IA). Qui plus est, l'ensemble de ce qui nous est donné à voir et tout le propos du film n'opèrent que de manière figurative, à la manière d'une illustration générique d'un article de revue tout droit sorti d'une banque d'image. Et lorsque des concepts issus des écrits d'Orwell sont mentionnés, ça n'est que comme easter egg et non comme axe de développement : réduire la novlangue à de la simple langue de bois est révélateur de la profonde méconnaissance du matériau de base.
Les images d'archives "upscalées" algorithmiquement et les textes animés infantilement ne viennent qu'accentuer l'amateurisme de la réalisation. Quel culot de tirer aveuglément sur la tendance IA (et la confondre avec sa personnification robotique au passage) pour dans le même temps en faire une utilisation éhontée, destructrice, palinodique et non mentionnée. La post-vérité, on la pointe du doigt que quand ça nous arrange visiblement, sans jamais la nommer explicitement par contre (un peu dommage pour un documentaire qui charcute et prémâche ce que son/sa spectateur.ice doit penser). On passera par ailleurs sous silence les mentions "images générées par l'IA" qui sont grammaticalement dignes d'un boomer ne maîtrisant pas son sujet (c'est comme dire "chercher sur l'Internet" voyez-vous).
En définitive, l'enshitification des médias contemporains mentionné dans le film trouve son apogée en ce que ce film lui même s'inscrit dans cette droite lignée : une coquille audiovisuelle vide et insipide. Je n'aurais finalement qu'un seul conseil à donner, en tant que cinéphile et piètre lecteur : lisez 1984. Tout ce qui compte a déjà été écrit.