Des raisons personnelles m'ont peut-être fait passer à côté de certains éléments du film. Globalement, je pense que l'intention est louable, mais ne reflète pas du tout l'étendue de la pensée d'Orwell. La volonté de faire résonner cette dernière avec l'actualité fonctionnerait davantage si il n'y avait pas eu des omissions qui me semblent déterminantes. Par exemple, aborder l'extrémisme de Poutine par la guerre en Ukraine est d'une incomplétude vertigineuse si les réactions -et pourquoi pas les causes- toxiques de nos États occidentaux ne sont pas aussi mentionnées. Remarque similaire vis-à-vis du fascisme : pourquoi ne pas parler de comportements tout aussi extrêmes chez leurs opposants ? Là où le réalisateur tendrait à nous indiquer du doigt des acteurs infâmes, il manque de dénoncer l'infamie en elle-même, un phénomène malheureusement ambiant et bien plus vaste ! C'est pour moi à cette échelle que l'oeuvre d'Orwell devrait résonner aujourd'hui : celle d'une science humaine. Avec cet auteur, il ne s'agit pas seulement de pointer du doigt des périls sociaux, mais de se regarder soi-même. À mon avis, c'est un message et une faculté humaine qui auraient mérité que l'on s'y attarde davantage dans ce documentaire. Par ailleurs, les images d'actualité font un peu trop facilement office d'illustrations...
Enfin, le consumérisme et ses effets sur nos attitudes au quotidien sont un axe qui me semble important, là aussi beaucoup trop peu abordé à mon goût.
Je suis donc déçu, sans conclusions démesurées. Je pense que c'est de toute façon un exercice complexe d'aborder la pensée d'Orwell, et que la tentation de sa simplification est vite contre-productive.