La jalousie dans un royaume d’ombres

Avec Othello, Orson Welles ne cherche pas à adapter Shakespeare de manière académique. Il s’approprie au contraire la tragédie pour en faire une expérience visuelle intense, où les passions humaines se matérialisent dans les ombres, les murs et les visages.

Dès l’ouverture, Welles annonce la couleur : le film sera moins une captation théâtrale qu’un véritable poème cinématographique. Les décors, les cadrages et le montage participent autant au récit que les vers de Shakespeare eux-mêmes.

Dans le rôle-titre, Welles compose un Othello imposant et vulnérable à la fois. Son général victorieux apparaît progressivement dévoré par le doute, jusqu’à devenir prisonnier de ses propres obsessions.

Face à lui, Micheál MacLiammóir livre un Iago fascinant de froideur. Plus discret que certaines incarnations démonstratives du personnage, il agit comme un poison lent qui infiltre chaque relation et chaque certitude.

La mise en scène impressionne constamment. Faute de moyens importants, Welles transforme les contraintes de production en atouts esthétiques. Escaliers, forteresses, couloirs et voûtes deviennent les éléments d'un univers presque expressionniste.

Le noir et blanc est somptueux. Les contrastes violents donnent au film une dimension cauchemardesque qui correspond parfaitement à la montée de la jalousie et de la paranoïa.

Le récit peut parfois sembler fragmenté, conséquence d’un tournage complexe et d’un montage très personnel. Certains spectateurs pourront trouver l’ensemble moins fluide qu’une adaptation plus classique de Shakespeare.

Mais cette discontinuité participe aussi à son pouvoir de fascination. Welles privilégie l’intensité émotionnelle et visuelle à la continuité narrative, créant une œuvre qui se vit davantage comme un rêve tragique que comme une simple adaptation littéraire.

Othello reste une œuvre singulière et ambitieuse, où Orson Welles transforme la tragédie shakespearienne en un labyrinthe d’ombres et de passions destructrices, porté par une inventivité visuelle exceptionnelle.

acalvi06
7
Écrit par

Créée

le 30 mai 2026

Critique lue 2 fois

acalvi06

Écrit par

Critique lue 2 fois

D'autres avis sur Othello

Othello

Othello

7

blig

357 critiques

To hit, or not to hit

Si l'histoire du cinéma regorge d'anecdote de tournages catastrophiques, d'ambiances de plateau calamiteuses et de films maudits, peu atteignent l'ampleur du Othello de Welles, débuté en 1948 (en...

le 12 oct. 2014

Othello

Othello

8

limma

522 critiques

Critique de Othello par limma

Je crois bien préférer Welles quand il s'attaque à la littérature. Trois coups de cœur avec Le Procès, MacBeth et Othello pour une refonte tout autant créative qui marque de sa signature, qu'elle...

le 25 juin 2020

Othello

Othello

8

Ugly

1828 critiques

Drame de la jalousie

Orson Welles donne ici une de ses visions de l'univers shakespearien avec une grande justesse et beaucoup d'efforts investis malgré le fait qu'il ait coupé la pièce, tranché, morcelé, compressé, on...

le 22 juil. 2016

Du même critique

The Apprentice

The Apprentice

3

acalvi06

562 critiques

Un film tiède pour une figure brûlante

Avec The Apprentice, Ali Abbasi s’attaque à un sujet brûlant et volontiers polémique — l’ascension d’un jeune Donald Trump — mais son film, au lieu de proposer une véritable lecture ou une mise à nu...

le 25 mai 2025

L'Attachement

L'Attachement

5

acalvi06

562 critiques

Une délicatesse qui confine à la tiédeur

Un point de départ fort mais prévisible :Carine Tardieu s’empare d’un sujet classique du cinéma contemporain : la recomposition affective après une perte. L’histoire du veuf dépassé, de la voisine...

le 10 oct. 2025

Kaamelott - Premier Volet

Kaamelott - Premier Volet

1

acalvi06

562 critiques

Quand la table ronde tourne en rond

Après des années de série culte, Alexandre Astier signe avec Kaamelott – Premier Volet une transposition catastrophique à l’écran. Le film peine à justifier son existence en tant que long-métrage :...

le 27 avr. 2025