Dans le grand catalogue du film de genre, Norman J. Warren occupe une bonne place dans les pages consacrées aux déclinaisons anglaises, notamment grâce à ses contributions.
Et s’il se fit connaître avec des films de sexploitation, il s’en lassa bien vite, et n’accepta le projet polisson de Outer Touch (aussi connu sous le nom de Space Out) qu’à la condition de pouvoir retravailler le script, ce qu’il fit.
Le résultat, une charmante comédie de science-fiction et sexy, qui n’hésite pas à mélanger les genres en gardant une légèreté tout du long de sa faible durée.
Trois charmantes extra-terrestres de la planète Betelgeuse font un atterrissage de fortune sur la planète Terre, à proximité de quatre humains. Au sein de ce voisinage humain se trouve un couple, Oliver et Prudence, l’un est un scientifique un peu pédant et l’autre sa compagne qui n’a pas très envie de fricoter avec lui, le grand dadais Cliff, un peu machiste et qui promenait son chien ou Willy, un jeune homme puceau qui se masturbait à proximité, un poète de la vie nocturne. Tous les hommes partagent une évidente frustration sexuelle qui ne demandent qu’à être agitée.
Partant découvrir ce vaisseau qui a atterri à proximité d’eux, les humains montent à bord, avant de se retrouver embarqués pour l’espace. Les extra-terrestres en question sont intrigués par ces créatures, notamment par ceux qui n’ont pas de poitrine, puisqu’il ne semble pas y avoir de mâle chez eux, mais les considèrent comme inutiles, tout juste bon à être vendus à un zoo, et encore. La découverte des revues pornographiques que Willy cachait sous son manteau va les interroger : qu’est-ce que c’est que le sexe, un jeu, du sport, un sport de combat ou un rituel cultuel ? Jusqu’à ce que Cliff et surtout Willy leur expliquent un peu mieux les particularités des anatomies masculines et ce qu’il est possible d’en faire.
C’est donc une sexualité légère et épanouissante ici présentée, rappelant que « le sexe c’est bon, pratiquez-le ». Les personnages frustrés des débuts trouvent une conclusion à leurs désirs, même si tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne. Le machiste Cliff, épuisé, se déclarera dégoûté des femmes, après avoir obtenu ce qu’il voulait, réitéré plusieurs fois par l’extra-terrestre curieuse d’en avoir toujours plus. Willy, le masturbateur des débuts, petit personnage qui semblait alors insignifiant des débuts, élément comique de l’ensemble suggéré comme looser, aura la plus grande des satisfactions, celle d’être reconnu à sa valeur, malgré un petit coup de pouce du destin.
Le film se range donc du côté des personnages un peu mis de côté par la société comme Willy. Mais il promeut aussi bien discrètement mais assurément une sexualité positive. Les postures machistes sont punies, et Oliver, à qui le juke-box psychiatre du vaisseau (oui, oui) conseille de faire son homme des cavernes pour conquérir Prudence, apprendra à ses dépends que non, ça ne se passera pas comme ça. Pas de soucis, le couple arrivera à s’entendre, sexuellement parlant, et le duo n’est pas sans faire penser à Brad et Janet de The Rocky Horror Picture Show, qui le précède de quelques années et qui est peut-être une influence pour ce film lui aussi typique d’une certaine libération sexuelle.
Outer Space affiche d’ailleurs un humour simple et décontracté qui a le bon goût de bien fonctionner. Il arrive à tourner en dérision ses personnages avec quelques répliques qui font mouche (bzzz) mais sans jamais les rendre trop ridicules ou pathétiques. Notons que l’ordinateur central possède une voix et une personnalité sardonique qui n’hésite pas à commenter la situation ou se plaindre que personne ne l’écoute, comme tout bon ordinateur de film de science-fiction, tandis qu’un jukebox a les fonctions d’un psychiatre avide d’argent (comme tout bon psy’ ?) pas vraiment de bon conseil, parmi les quelques idées du film. Certaines scènes ont un potentiel comique parfois plus difficilement atteint, mais celle avec l’attaque des terriens qui encerclent le vaisseau (en fait des vaches) est assez drôle.
Le film reste donc de bonne facture, tant qu’on sait à quoi s’attendre. Il n’y est pas question de décors de science-fiction démesurés, même s’ils sont assez bien réussis, entre les couleurs froides d’une certaine SF et du mobilier pop et des néons colorés de l’époque. Un mélange tout de même plus terrien que betelgeusien (on suppose) mais qui est assez funky. Les différents plans du vaisseau ne coïncident pas forcément, entre créations personnelles et reprises d’images d’ailleurs (la maquette du vaisseau provient de la série Space: 1999) mais qu’importe, cela contribue à la douce folie du titre.
Les acteurs convoqués pour cette petite plaisanterie jouent d’ailleurs tous assez biens, dans les attentes d’un tel film. Le trio de belles extra-terrestres, jouées par Glory Annen, Ava Cadell et Kate Ferguson, n’est d’ailleurs pas un ensemble de potiches, mais bien des femmes fortes et indépendantes dont la découverte de la sexualité via les humains ne les assujettit pourtant pas au désir masculin.
Outer Space est donc cette comédie sexy et décontractée à l’humour réussi et la sexualité épanouie, provenant d’un pays, la Grande-Bretagne, qu’on n’imaginait pas, à tort, capable de tels films. Le film fut quelque peu modifié pour la sortie américaine sous le nom de Space Out, notamment sa musique au synthétiseur assez réussie mais peu discrète ou cette fin brutale de la version anglaise. Sa présence sur Netflix (bien que discrète) propose bien la version originale. A (re)découvrir.