Le film est à l'image du personnage de Beat Takeshi, un air rude, grave, dépressif, violent, mais avec, par moments, un léger sourire en coin. J'aime le regard que porte Kitano sur le monde des Yakuzas, monde qu'il connaît bien, qu'il a souvent filmé. Ici ce regard est à la fois noir, un peu désabusé, à l'image de ses derniers films, mais avec un coté ironique et moqueur. C'est une opération d'autodestruction, de déstructuration. Kitano donne l'impression de vouloir rompre avec le genre. Donner un coup de scalpel, le défigurer afin d'en faire une gueule, une gueule abimée, peut être plus belle. Il s'intéresse donc surtout aux corps et aux coutumes. Il filme les rituels théâtraux absurdes de ce milieu, filme les chorégraphies : corps, costumes, voitures, mais pas pour les magnifier, davantage pour les faire imploser et s'en moquer. Enfin c'est plus complexe, on sent le respect qu'entretien le cinéaste avec ce monde-là mais il semble dans le même temps vouloir s'en dégager. Un double regard plutôt intéressant. Comme dans cette scène ou un membre du clan Murase offre une phalange au clan Otomo. Kitano le regarde se couper le doigt avec un sourire en coin avant de lui taillader le visage.
Dans le film, il y a une vague intrigue, des coups bas, des règlements de compte pour la prise du pouvoir, des discussions, mais on s'en fout un peu. L'intérêt et dans la rupture, dans les surgissements, meurtres et tortures qui brise le plan et la narration. C'est dans ces gestes violents, libérateurs, que Kitano prend du plaisir et parvient à le faire partager.
Ce film est encore une thérapie, Kitano se questionne une fois encore sur son cinéma, sur lui-même.