Portant son regard sur le vécu intime de la femme violée, Ida Lupino capture en clair-obscur, le réel du trauma et son impossible à dire.

.J'ai été sensible à la manière dont elle aborde ce sujet très en avance sur son temps. Ida Lupino filme le réel du trauma psychique, les blessures de la psyché et cet impossible à mettre en mots que provoque cette entreprise de soumission, de déshumanisation qu’est un viol…Le viol c’est une sidération. Dans le film c’est un crime silencieux qui n’ose pas dire son nom puisqu’à aucun moment le mot n’est prononcé. L’outrage est vécu à travers les yeux de son héroïne en se plaçant du point de vue de la victime. Entre l’intime du crime et le regard du social, il s’ancre comme une fracture, une effraction, un non-sens. Au-delà de son agression , le monde continu à tourner autour d’Anne qui se vit comme étrangère à elle-même, murée dans un silence de mort, figée dans un statut improbable, marquée au fer rouge une fois pour toutes. On y découvre tous les mécanismes du stress post traumatique : Anne ne peut supporter les réactions et les regards de son entourage où elle ne voit que pitié ou jugement, honte ou dégout. Elle ne se vit subjectivement que dans l’identité d’une femme violée. C’est une effraction du corps qui touche directement au moi, une mise à mort identitaire. La vie après le viol passe inévitablement par de longues périodes d’errance et de tâtonnement. » Ce qui explique son état crépusculaire (errance, fugue et amnésie traumatique, un phénomène de refoulement aboutissant, parfois à la création d’une crypte où le trauma se trouve enfermé, mais toujours actif.

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le 5 août 2024

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cathVK44

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