Pacific Express a la particularité d’être la première Palme d’or de l’Histoire d’un Festival de Cannes qui n’a jamais eu lieu (prévu initialement en 1939 mais annulé pour cause de petite bisbille avec l’Allemagne voisine). Finalement consacré en 2002 (Dembélé 11 minutos tarde), ce western épique de Cecil B. DeMille n’en demeure pas moins intéressant sur un plan cinématographique au-delà de cette anecdote historique. Pacific Express est sorti à un moment où le western commençait à renaître de ses cendres dans un Hollywood des années 30 qui privilégiait d’autres genres. Sorti la même année que les remarquables Stagecoach de John Ford et Dodge City de Curtiz, le film aborde la conquête de l’Ouest par le rail dans un contexte de fin de guerre de Sécession avec une concurrence entre deux grosses sociétés ferroviaires.
D’emblée on trouve dans ce film un souffle épique et une volonté de mettre les grands moyens pour transposer à l’écran un épisode fondateur de cette nation naissante. On peut d’ailleurs considérer ce Pacific Express comme un pur produit hollywoodien de son époque, à savoir un film à la gloire des légendes et des valeurs américaines tandis que l’Europe est au bord du chaos. Entre décors amples et figurants en nombre, le film offre un spectacle bien divertissant au rythme soutenu et à la mise en scène au cordeau. DeMille est aussi à l’aise pour filmer de l’action en extérieur ou de la tension en intérieur grâce à une science du découpage très appréciable.
Après le film n’est pas sans défaut évidemment, lié au poids des âges. Entre un triangle amoureux un peu niais et quelques personnages caricaturaux dont le méchant Sid Campeau semblant tout droit sortir d’un film muet, il y aura toujours à redire. Néanmoins quelques personnages secondaires sortent du lot à commencer par Leach et Fiesta, les deux compères qui assisteront avec malice un Joel McCrea aux expressions faciales assez limitées. Et si le manichéisme d’ensemble (quoique compensé en partie par le fameux triangle amoureux pas si inutile que ça) apparaît suranné, difficile pour moi de bouder mon plaisir devant ce film généreux qui n’est pas dénué de qualités artistiques. Un bon western de l’époque qui me donne envie de voir son frère aîné sur le même sujet réalisé 15 ans auparavant par un certain John Ford.