La pire violence est celle d'empêcher un enfant d'accéder à l'instruction.
Une valse de Strauss, déclic échappatoire à la tyrannie d'un père..
Impossible de résumer un tel film, basé, qui plus est sur une histoire vraie, en 140 caractères..
Un film percutant, qui laisse des traces...
Je ne l'avais pas (re)vu depuis trop longtemps, pour en faire une critique..
Film terrible! Ecouter les frères Taviani, celui qui joue le rôle de Gavino, à 20 ans et celui qui joue le rôle du père, est très intéressant...
Le personnage du père, malgré, l'apathie qu'il dégage, tout le long du film, est essentiel, pour "comprendre" ce chef d'oeuvre...
Le véritable Gavino, auteur du best seller, a pleuré, lors de la projection, surtout au moment où l'on voit son "père", prendre l'enfant, dans ses bras, qu'il venait de rosser à mort, croyant l'avoir tué...a déclenché les larmes du vrai Gavino...parce que, durant toute l'écriture de son autobiographie, il n'a trouvé aucun soupçon d'humanité à son père (sinon, il n'aurait pas pu écrire son livre).
La Sardaigne a mal accueilli ce film...Alors qu'il ne s'agit pas d'un constat sur la Sardaigne, uniquement, mais de celui de tout empêchement d'accéder à l'instruction, par un père, non seulement, pauvre, il est vrai, mais tyrannique, maltraitant envers son fils, enfant, puis devenu adulte, même après avoir "réussi" à être devenu linguiste, à avoir obtenu son Baccalauréat, au sein de l'armée, alors que son père a fait de lui un analphabète, isolé, rossé, bafoué, étouffé..
Il aurait pu beaucoup plus mal tourner...
Sa rébellion, par la musique, entre autres, arrive sur le tard!
Et l'ultime geste, tant attendu de Gavino, de la part de son père, n'arrive pas...
Un homme dur, revêche, qui, pourtant sait lire et écrire, écrivant de la poésie...
Le patriarche, dans toute sa splendeur, châtiant à tout va, et surtout son fils aîné...
La mère, continue à "fermer" les yeux, subissant, sans forcément approuver...
La bestialité de cette contrée reculée, et moyenâgeuse, est amplifiée par la scène d'accouplements et de halètements, des enfants avec les animaux, des villageois avec leurs femmes, de simples besoins à satisfaire, sans émotion aucune...
Après le tournage, les Tavianni sont allés voir cette famille, le père auquel ils ont demandé "Vous devez être fier de votre fils", a répondu "Non..."
Cela illustre bien cette haine envers le petit Gavino, qu'il a pris comme bouc émissaire, de toutes ses frustrations..
Le film, au départ, devait rester "discret" mais a pris de l'ampleur, Rossellini se trouvait faire partie du jury, à Cannes, et avait bcp aimé le film...
Juste retour des choses, puisque les frères Taviani, en admiration de Rosselini, s'étaient jurés : "Ca sera le Cinéma ou la Mort".
Le film a fait un tabac, même à New York, parce que les étudiants y ont ressenti ce même besoin vital, de communiquer, de briser le silence, confinés dans leurs minuscules appartements de Manhattan...Le petit Gavino (et le Grand) a "parlé" au monde entier...
Lorsque le père dit : "L'école obligatoire, c'est la pauvreté qui est obligatoire"...fait réfléchir, sans, pour autant, lui trouver des circonstances atténuantes, sur son comportement maltraitant face à son fils!!!
Son ultime geste, envers Gavino, 20 ans, croyant trouver une miette de tendresse, est de lever le poing, prêt, encore, à le frapper...L'acteur, qui joue le rôle de Gavino/Saverio Marconi (73 ans), 20 ans, nous dit qu'il a triché avec son âge, pour obtenir le rôle et qu'après ce film, il a eu un déclic, et est devenu scénariste...Il dit aussi, que, hors plateau, il avait des rapports quasi père-fils, avec Omero Antonutti/Father, qui nous a quitté le 5/11/2019...
Propos recueillis en 2003, en suppléments du dvd...
Je ne regrette pas d'avoir mis ce film dans mon Top 10 et/ou dans ma liste 5*.
Voilà, critique recommencée après avoir (re)vu ce film, qui, à mon sens, est un chef d'oeuvre! Pour la valse, c'est l'ouverture de "Die Fledermaus" de Johann Strauss II.
Je ne m'en souvenais plus et un passionné de Cinéma qui, sans doute, se reconnaîtra, m'a donné l'info. Ce passionné de Cinéma m'a écrit ce qui suit (ce n'est donc pas moi qui ai écrit ce qui suit:
[Ton commentaire est intéressant et tu as raison de dire qu'il ne s'agit pas là d'un tableau peu reluisant de la Sardaigne. Le pays dépeint ici aurait pu en être un autre, l'idée est surtout de le présenter comme une prison dans laquelle est enfermée le personnage. Tout le film est axé sur la relation entre le père et le fils. Ce qui est tout de même notable c'est qu'au coeur de cette relation se jouent aussi les fractures entre l'italien et le sarde (je parle des langues), entre la métropole et l'île, entre le travail manuel et intellectuel, entre le savoir scolaire et la transmission du métier séculaire de berger - ce n'est pas pour rien que le film s'ouvre sur la scène du père qui arrache son fils à l'école pour qu'il l'aide à garder les bêtes. Quant au geste que tu relèves, je dirais qu'il subsiste un petit doute car on ne voit pas celui-ci se terminer. En revanche, on le voit très bien commencer : c'est d'abord un geste tendre. Toute l'ambivalence des sentiments du père résumée en une seule scène-15 avril 2023]
Ensuit je lui répond ce qui suit:
"Tout à fait d'accord avec toi, le pays, et même une région reculée et "fermée" en France aurait pu être le point de départ d'un tel film..Autant certaines palmes d'Or m'étonnent : celle là est largement méritée..Je pense qu'il me faut lire le roman autobiographique dont le film est issu..Le bonus du dvd emprunté ne suffit pas..Et je crois que je vais (re)voir ce film (déjà 2 ans presque et vu lors de sa sortie..jamais deux sans trois..pour un tel film, ça ne sera pas de trop!)" Si je trouve le bouquin, je tenterai parce que c'est l'histoire vraie de Gavino Ledda "Padre Padrone : L'Education d'un berger sarde", publié en 1975.. Je rajouterais maître père tyrannique et maltraitant.