Ce film des frères Taviani, tout en dépouillement, est une très belle réflexion, sur un mode souvent métaphorique, à propos du savoir contre l'ignorance, de l'apprentissage contre l'analphabétisme.
La victime désignée des moeurs rudimentaires et frustes de la Sardaigne paysanne est ce gamin berger voué inexorablement à la brutalité paternelle et à la soumission au tyran patriarche. Les cinéastes s'appliquent à démontrer la rigueur et la pénibilité du travail, la rigidité des rapports humains autant que la frustration engendrée par le devoir filial exigé et, surtout, l'impossibilité d'émancipation d'une intelligence inculte.
La démonstration est faite lorsque l'enfant devenu adulte découvre les mots et leur sens, la lecture et l'étude, seules voies de rébellion et de salut. C'est alors, pour paraphraser Victor Hugo, la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Le propos comme la mise en scène sont intelligents et le mémorable Omero Antonutti compose brillamment ce père dominateur puis vaincu.