Padre Pio
5.5
Padre Pio

Film de Abel Ferrara (2022)

Biopic terne d'un capucin franciscain

"Padre Pio" entérine de manière très claire la direction prise par Abel Ferrara depuis quelques (voire plus, beaucoup plus) années, à savoir un cinéma s'éloignant des conventions thématiques afin d'explorer des lubies vraisemblablement personnelles (le sac de nœuds psychanalytiques et métaphysiques exposé dans "Siberia" et l'autofiction born again bouddhiste de "Tommaso" notamment, tous deux sortis en 2020). On ne pourra clairement pas reprocher à Ferrara un quelconque académisme tant ces films avancent en premier lieu sous l'angle de la bizarrerie biscornue, en choisissant des sujets de niche, arborant une mise en scène volontairement outrancière par endroits — a priori "Zeros and Ones" sorti en 2021 avec en tête d'affiche Ethan Hawke dans un imaginaire de guerre SF ne correspond pas du tout à cette typologie, m'enfin, je ne l'ai pas encore vu. Enfin, on savait que Ferrara s'intéressait à la figure de Padre Pio depuis au moins une dizaine d'années, si l'on en juge son moyen métrage documentaire au titre explicite "Searching for Padre Pio", sorte de repérage amateur autour de la figure catholique controversée.


Manifestement beaucoup de choses me dépassent dans "Padre Pio", même si on peut trouver cela touchant / amusant de voir Ferrara et son acteur principal Shia LaBeouf réunis sur le plateau dans une certaine dualité rédemptrice — les deux hommes sont des ex-drogués qui s'affichent désormais sobres. LaBeouf qui a passé quelque temps dans un monastère auprès de frères capucins franciscains pour s'imprégner de l'ambiance et s'immerger dans son rôle, à tel point qu'il s'est converti au catholicisme suite au tournage.


Un double récit assorti d'un montage parallèle abordant d'une part la montée du fascisme en Italie dans les années après la fin de la Première Guerre mondiale et d'autre part une composante biographique sur le prêtre aussi connu sous son nom Francesco Forgione. Le traitement de ces deux pistes donne l'impression de ne mener nulle-part, le film échouant à tisser un parallèle explicatif entre la vie du moine et l'histoire italienne contemporaine — les deux espaces ne communiquant que de manière très lointaine. D'un côté des militants socialistes réprimés par des proto-fachos (le tout illustré de manière assez peu percutante) et de l'autre côté un religieux luttant contre ses démons qui, accessoirement, aurait présenté des stigmates. Film légèrement nébuleux et hermétique, ennuyeux, et pas suffisamment bizarre pour susciter une vraie curiosité.

Créée

le 19 sept. 2025

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Morrinson

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