Franco Brusati est un cinéaste italien assez oublié (du moins en France), et Pain et Chocolat doit être son seul film qui évoque encore quelque chose quand on cite son nom, même si en ce qui me concerne je le découvrais hier soir. Et c'est sans doute grâce à la présence de Nino Manfredi en tête d'affiche, et je crois également dans la production, star immense et l'un des plus grands acteurs de sa génération (on note aussi la présence inattendue d'Anna Karina. L'originalité du film est qu'il se déroule quasi intégralement en Suisse alémanique, et Manfredi joue un immigré italien survivant de petit boulot en petit boulot et souffrant pas mal du racisme ambiant. Un riche industriel, lui aussi d'origine italienne, s'entiche de lui et souhaite le sortir de la précarité mais il meurt d'une crise cardiaque après qu'il lui a confié toutes ses économies et il se retrouve à la rue et dans la clandestinité. La fin du film en dit beaucoup sur la difficulté de vivre en Italie dans les 70's puisqu'alors qu'il est attrapé par la police et mis dans un train pour rejoindre l'Italie, notre héros préfère en descendre sous un tunnel pour clandestinement de nouveau retourner en Suisse, où sa vie n'est pourtant pas des plus reluisantes. Le film, qui repose beaucoup sur les épaules de Manfredi, est très réussi dans sa première partie, mais s'essouffle progressivement pour laisser in fine un sentiment de confusion et de cacophonie sans doute généré par une mise en scène pas suffisamment sûre d'elle. Pain et Chocolat reste une belle curiosité de son temps, à ranger aux côtés des films d'Ettore Scola de l'époque.