Voilà un film qui vaut plus par la perspective historique qu'il apporte que par son apport à l'art cinématographique. Cela sans le dénigrer en aucune façon que ce soit : les acteurs sont plutôt bons dans leurs rôles respectifs, mais le scénario, le montage et la mise en scène sont d'un classicisme éprouvé. On n'est pas très loin du documentaire, d'autant que certaines images d'archive ont été insérées tout au long des quelque deux heures que dure le film. Disons que c'est comme un documentaire au sein duquel certains personnages - de fiction pour la plupart, je crois - auraient été introduits et dont le spectateur va suivre la destinée au cours de cette année 1936 et du début de 1937.
Le film est donc intéressant par le point de vue qu'il apporte sur l'histoire de la Palestine. Celle-ci est sous mandat britannique depuis la fin de la guerre 14-18 et la chute de l'empire ottoman auquel la Palestine était intégrée depuis plusieurs siècles. Commencent à arriver dans les années 30 de nombreux colons juifs, se revendiquant d'un mouvement sioniste. Avec bien évidemment un afflux de colons suscité par les persécutions dont leurs communautés sont victimes en Allemagne et en Europe centrale, ce que l'on peut comprendre aisément. Les palestiniens s'en inquiètent et cela crée des troubles et des remous. Face à cela, les autorités britanniques chargent une Commission (https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Peel) de trancher la question de la place des communautés juives en Palestine. Mais cette Commission rendra un verdict pour le moins favorables à ces dernières, au détriment des palestiniens...
C'est en tout cas la thèse que défend le film, et qui est loin d'être improbable me semble-t-il. Pourquoi ? Parce que l'antisémitisme était très répandu en Europe dans les années 30 et pas uniquement en Allemagne. Et les gouvernements occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne) s'inquiétaient de l'afflux d'exilés juifs dans leurs propres pays. Une conférence avait même été organisée, à Évian je crois, pour traiter de cette question (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_d%27%C3%89vian_(1938)) . D'où une orientation politique de la Grande-Bretagne très marquée en faveur du sionisme, qui permettait de traiter le problème sans avoir à accueillir de nombreux exilés. Et qui a entrainé - selon le film - une forte répression des populations palestiniennes qui tentaient de s'opposer à l'implantation des colonies juives par l'armée britannique.
Bien sûr la réalisatrice du film est palestinienne et son financement reposait en partie sur des capitaux qatari. Ses détracteurs pourront donc le taxer de n'épouser que le point de vue palestinien, ce qui n'est pas inexact d'ailleurs : les personnages du film sont soit britanniques, soit palestiniens. Il eut probablement été plus habile d'introduire dans l'histoire des personnages juifs, ne serait-ce que pour moins laisser prise à des accusations de parti-pris. Pour autant, il est peu probable que ce film soit massivement visionné par des partisans d’Israël ou du sionisme. Une fois de plus, ne le verra qu'un public qui ne demande qu'à être convaincu...