Oui, Papamobile a bien des défauts : la dernière partie du film est quelque peu confuse, certains gags sont carrément lourdingues… Oui, le film pue le manque de moyens, le tournage à l’arrache et le montage à la truelle. Mais Papamobile est-il vraiment le film raté qu’on prétend ?
Honnêtement, si le producteur n’avait pas descendu en flammes son propre film, je n’aurais sans doute pas prêté attention à la dernière comédie de Kad Merad, dont la carrière me passionne tout autant que celle de Dany Boon et de Didier Bourdon. Les comédies pas drôles et les acteurs "populaires" surpayés, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais - qu’y puis-je ? - j’aime tirer sur l’ambulance, et l’élue de mon cœur davantage encore !
Nous voilà donc, un morne dimanche de décembre, à visionner en amoureux, le deuxième film de Sylvain Estibal, avec la ferme intention de nous payer un bon nanar et de pester sur la nullité insondable de ce cinéma prétendument "populaire".
Et quelle ne fut pas notre surprise ! Papamobile, c’est vraiment chouette à regarder. Loin d'une énième comédie de mœurs boursouflée de préjugés bourgeois, Sylvain Estibal propose quelque chose d’un peu plus critique, d’un peu plus étrange et d’un peu moins formaté. Ici, il n’est pas question de papy raciste devant côtoyer des noirs (qu’est-ce qu’on se marre…) ou de couple tradi affrontant le "vent de liberté" du XXIe siècle. Non, on y parle de mafia vaticane, de paradis fiscaux, de puritanisme. On côtoie des bandits magnifiques, des cardinaux véreux et un pape réformateur bien hypocrite. Le film se paye même le luxe de quelques fulgurances cinématographiques et d’un Kad Merad très honorable dans son double rôle. Le tout à grand coup, pas du tout subtils, de crucifix dans ta gueule. Et c’est jouissif !
D’accord, Papamobile n’est pas un chef-d’œuvre, loin de là. Il est plein de maladresses et a subi un charcutage en règle de la production au montage. Mais on ne peut que remercier l’équipe de Sylvain Estibal d’oser enfin proposer autre chose. Et c’est sans doute cela qui a posé problème à la meute qui crie au navet : Papamobile propose autre chose, un humour un peu plus grinçant et burlesque qu’à l’habitude, et tente de renouer avec un cinéma populaire qui croit un minimum au discernement du spectateur et cesse de nous prendre pour des cons.