"Par pitié, ne spoilez pas !" scande outrageusement l'affiche de la Palme d'Or 2019. "Parce que si vous spoilez, le public va finir par se rendre compte à quel point le film est mal écrit !" aurait-elle dû ajouter.


"Ah c'est normal, tu détestes Bong Joon-Ho !" me disent les fans, pensant que ma haine aveugle détruit ses films avant même que je les ai vus... Or c'est tout le contraire, j'aimerais aimer son cinéma, mais c'est lui qui fait trop fi de ce qui constitue un bon scénario...


Parasite j'y ai cru pendant 1H10. Un acte I atrocement long, mais posant des bases qui semblent solides, des personnages assez bien définis bien qu'un peu interchangeables, et un discours sur la quête de l'argent comme moyen d'exister en société plutôt convenu mais prometteur.


Survient alors ce que tout le monde considère comme un twist : la maison abrite d'autres parasites dans un sous-sol caché ! Et en fait non, ça c'est pas un twist. Ça ne remet pas en cause les tenants de la narration préalable, ça ne fait que diriger le film vers une nouvelle voie. Et pourquoi ? Parce que c'est l'incident déclencheur. Au bout d'une heure dix de métrage ! Sans être indigent, c'est très très long...


Et là, Patatra ! En même temps que la famille Ki-Taek dérape dans l'escalier, Bong Joon-Ho se prend les pieds dans le tapis et se vautre encore une fois de toute sa masse, incapable d'écrire une seule ligne qui en vaille la peine. Tout devient arbitraire, sans queue ni tête, le scénario n'évolue plus qu'au gré capricieux des "on n'a qu'à dire que..." et "au fait je vous avais pas dit...", perd complètement son discours originel au profit de scènes grossièrement sensationnelles...


La deuxième moitié du film revient à regarder un psychopathe jouer aux SIMs, décidant de la pluie et du beau temps pour se faire marrer.
Oh, et s'ils rentraient plus tôt, huhuhu ! Regardez, je les ai tous cachés sous la table, hihihi ! Ils peuvent plus bouger ! Et le gamin y va dormir dans la tente sous la pluie, et on n'a qu'à dire qu'ils acceptent, alors que tout mon acte I démontre que ce gamin est sur-protégé dans un cocon, mais là j'ai besoin qu'il dorme dehors, alors hop-là ! D'ailleurs à bien y réfléchir j'avais même pas besoin qu'il dorme dehors, puisque finalement ça sert à rien...
Oh et puis merde j'ai qu'à en buter la moitié et puis voilà. On verra qui survit, tiens. Hihi lol trodrol.


Le spectaculaire est au rendez-vous, les acteurs d'une incroyable énergie, mais ça ne suffira jamais a palier à un scénario aussi merdique.
Son discours sur la quête de l'argent des riches s'arrête à deux pauvres dialogues, et on ne sait même pas ce que les Ki-Taek font de tout l'argent qu'ils gagnent. Ils parlent de la "gentillesse des riches" mais ne semblent pas chercher à améliorer leurs conditions de vie. A la place ils font des plans "Ah ouais on va te marier, ah hahaha" et leur appart minable demeure minable.


Quant à la "guerre des parasites" de cette deuxième partie, elle n'amène finalement rien à l'étal. Pas de discours à détacher, pas de thème sous-jacent exploré, juste des bêtes sauvages qui s'affrontent à coups de poings, de pierres, de couteaux et de pêches allergènes-mais-pas-toujours-au-même-degré-ça-dépend-de-ce-dont-Bong-a-besoin.


Ça reste mieux que cette saloperie d'Okja, mais pas de beaucoup.

mikeopuvty
3
Écrit par

Créée

le 9 juin 2019

Critique lue 7.2K fois

Mike Öpuvty

Écrit par

Critique lue 7.2K fois

44
50

D'autres avis sur Parasite

Parasite

Parasite

8

AnneSchneider

710 critiques

La maison fait le moine...

La septième réalisation du monumental Bong Joon Ho est fréquemment présentée comme une critique acerbe des inégalités qui minent la société coréenne. La lutte, d’abord larvée et de plus en plus...

le 2 juin 2019

Parasite

Parasite

9

Vincent-Ruozzi

310 critiques

D'un sous-sol l'autre

La palme d'or est bien plus qu'une simple récompense. C'est la consécration pour un réalisateur ainsi que pour le cinéma qu'il représente. Il faut voir les discours de ces derniers qui, émus, avouent...

le 29 mai 2019

Parasite

Parasite

5

Larrire_Cuisine

115 critiques

[Ciné Club Sandwich] Lisez le premier paragraphe avant de nous insulter parce qu'on a mis 5

DISCLAIMER : La note de 5 est une note par défaut, une note "neutre". Nous mettons la même note à tous les films car nous ne sommes pas forcément favorable à un système de notation. Seule la critique...

le 4 juil. 2019

Du même critique

Super Size Me

Super Size Me

2

mikeopuvty

750 critiques

Démonstration par l'absurde.

Super Soy Me : Morgan Spurlock passe deux mois à ne manger que des nouilles sauce soja. Il prend quinze kilos, mais on lui enlève un rein, donc au total seulement 14k850g... King Size Me : Morgan...

le 26 oct. 2012

Hercule

Hercule

3

mikeopuvty

750 critiques

HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGGHHHH !!!!

" SI VOUS VIVEZ A LA FIN DU COMBAT ALORS C'EST GAGNE !! AAAAAAAAAAAAAAAAAAHH !!! " " BUVEZ SOUS PEINE D'AVOIR SOIF !!!! HAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!! " " QUAND NOUS AURONS GRAVI CES MARCHES NOUS SERONS...

le 27 août 2014

Pourquoi j'ai pas mangé mon père

Pourquoi j'ai pas mangé mon père

1

mikeopuvty

750 critiques

La Bouse de Jamel

On sait qu'une comédie est embarrassante quand les moments comiques provoquent des soupirs gênés, et les scènes de mystère ou épiques des éclats de rire... Pourquoi j'ai pas mangé mon père est de ces...

le 10 avr. 2015