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Sorti en 2019, « Parasite », du réalisateur coréen Bong Joon Ho, est jubilatoire. Dans son film, qui est loin d’être une simple satire, le cinéaste s’amuse à multiplier les pistes, quitte à les brouiller. Avec un suspense très Hitchcockien et beaucoup d’humour noir, le film met en lumière deux familles que tout semble, en apparence, opposer : l’une est très riche, l’autre vit dans la misère.
Pourtant, en haut comme en bas de l’échelle sociale, tout le monde ment et manipule. Ici, la loi du plus puissant est mise à mal par celle du plus débrouillard, à l’instar de la famille la plus pauvre. Formée à l’école de la vie, elle se démène au quotidien pour trouver des « plans » nécessaires à sa survie.
Le « parasite » du titre représente un intrus, tel l’insecte que le père de famille écarte avec humeur d’un revers de main au début du film. Il s’immisce partout, lentement et insidieusement, jusqu’à tout imprégner de son odeur. « Une odeur particulière, qui se retrouve sur les gens du métro », fait remarquer le père riche à son épouse.
Dans cette famille, la mère, décrite comme « simple d’esprit et gentille » est folle et dans le contrôle absolu d’elle-même. Le père « cool et à l’aise » est aussi cynique que manipulateur. La fille a l’air dépressive, et son petit frère souffre de schizophrénie précoce.
La famille pauvre ne possède pas vraiment de traits de personnalité significatifs : ses conditions d’existence la définissent.
La relation qu’ils entretiennent avec les nouvelles technologies est très intéressante. Les téléphones portables, les réseaux sociaux (WhatsApp), les ordinateurs (recherches Internet via Google) et le logiciel de retouche Photoshop : tous sont utilisés à des fins malhonnêtes pour servir leurs intérêts.
La première séquence est la clé de lecture du film : lorsque les deux jeunes gens cherchent à obtenir du WIFI via le réseau de leurs voisins, ils cherchent à se connecter au monde extérieur. Mais qu’y-a-t ’il encore de réel et d’humain dans cet univers si connecté ?
D’ailleurs « le meilleur plan est celui qui n’existe pas », finira par reconnaître leur père.
Je pense que ce film interroge le spectateur sur la perte de valeurs morales causées par l’essor des technologies modernes. Le fils le souligne plusieurs fois : « Est-ce que j’ai ma place ? » Dans la maison d’une famille riche, ou plutôt dans cette société, où un père et son fils ne communiquent plus que par talkie-walkie ? Où les êtres humains sont devenus interchangeables et corvéables à merci ? Où des gens survivent dans des sous-sols ?
Derrière la critique sociale, je crois qu’il existe une question bien plus profonde, celle du sens qu’on souhaite donner à sa vie. La perspective de faire des études, de trouver un emploi et de se marier est l’une des solutions apportées par la fin du film. Mais une existence honnête est-elle vraiment un gage de bonheur ? Les « limites », si chères au père de la famille riche, sont sans cesse dépassées par l’autre famille, mais est-ce en cela que ces derniers demeurent blâmables ?
Créée
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